Réduire la douleur avec la réalité augmentée

La réalité augmentée est partout et de nouveaux usages apparaissent. Je suis allé à la rencontre de la Croix-Rouge française, soutenue par la Fondation APICIL qui mène le projet MINIDOCS.

Le contexte:

Les enfants paralysés cérébraux peuvent recevoir un traitement douloureux via des injections régulières de toxine botulique, afin de lutter contre les troubles du tonus musculaire. Ces injections provoquent des douleurs induites répétées toute la petite enfance et peuvent être à l’origine d’un stress traumatisant malgré les techniques médicamenteuses et non médicamenteuses mises en oeuvre. Il n’existe pas de recommandations sur l’utilisation de ces techniques. La population pédiatrique, et a fortiori dans le cadre de la paralysie cérébrale, est vulnérable. Afin de préserver la qualité de vie de ces patients et de leur famille, il est nécessaire d’étudier l’efficacité d’interventions non médicamenteuses sur la douleur.

Le projet MINIDOCS, sous l’impulsion du Centre MédicoChirurgical de Réadaptation des Massues (Lyon) de la Croix-Rouge française, présente une innovation santé fondée sur l’utilisation d’un dispositif digital avec réalité augmentée pendant ces soins. En distrayant l’enfant, l’utilisation de ce module permettrait de diminuer la douleur durant les injections de toxine botulique et à l’enfant de mieux maîtriser sa douleur.

Le Docteur Emmanuelle Chaleat-Valayer, médecin rééducateur, chef de service hôpital de jour en Médecine Physique et de Réadaptation au CMCR des Massues a accepté de répondre à mes questions:

Bonjour Docteur, quelle problématique rencontrez-vous avec vos jeunes patients ?

Notre équipe prend en charge des enfants paralysés cérébraux nécessitant des injections de toxine, et est de fait confrontée à deux réalités : les injections de toxine botulinique sont potentiellement douloureuses et répétées pendant la croissance. Ce traitement et la prise en charge globale associée (rééducation, appareillages, évaluations) sollicite et impacte durement les stratégies de faire face des enfants et des parents, qui sont déjà fortement bouleversés par l’histoire néonatale et le handicap. Les injections intra musculaires de toxine induisent non seulement un inconfort qui peut mettre l’injecteur en difficulté pour atteindre l’objectif thérapeutique, mais la répétition des injections peut créer un véritable stress post traumatique du fait de la mémorisation procédurale. Le protocole antalgique le plus pratiqué en France, et le plus courant dans nos équipes aussi, est l’utilisation d’un gaz désangoissant et sédatif léger reconnu pour diminuer la sensation de douleur et d’inconfort ressenti lors d’actes simples ou examens médicaux complexes associé ou non à de la pommade EMLA1 .

Les approches non-pharmacologiques permettent d’agir sur les composantes psychoaffectives et cognitivo-comportementales de la douleur et font partie de notre arsenal thérapeutique en routine clinique. Les résultats rapportés lors des précédentes études montrent un bénéfice dans les phénomènes de mémorisation de la douleur par la distraction. Mais un défaut de représentation symbolique du soin peut aboutir à un syndrome de stress post traumatique. La démarche de l’équipe s’est donc inscrite dans une recherche de prévention antalgique réfléchie et adaptée à chaque enfant, par un moyen qui permettrait aussi d’améliorer leurs stratégies de faire face. L’équipe s’est alors intéressée à la place croissante des nouvelles technologies et de la réalité virtuelle et augmentée pour l’amélioration de la prise en charge.

Pourquoi utiliser la réalité augmentée dans le parcours de soin de vos patients ?

Ces nouvelles technologies ont été pressenties comme prometteuses, même si nous devons rester vigilants. C’est pour cette raison qu’une étude scientifique rigoureuse a été mise en œuvre afin d’évoluer et d’expérimenter ce dispositif numérique de réalité augmentée.

Quels sont les objectifs de cette recherche portée par la Croix-Rouge ?

Tout d’abord, nous souhaitons voir l’intérêt antalgique de cette technologie. Nous croyons qu’elle permet de diminuer l’anxiété des enfants mais également des parents. Cela doit permettre de simplifier la dispensation des traitements et de modifier la perception des actes médicaux.

Combien de patients sont concernés par cette recherche ?

Actuellement, cette recherche porte sur 80 enfants / 40 dans chaque centre.

Comment fonctionne le dispositif de réalité augmentée ?

Le dispositif étudié utilise la réalité augmentée sur tablette tactile. Ces tablettes sont équipées de webcam et de gyroscopes permettant de visualiser l’espace de soin et d’y intégrer des objets virtuels. Selon le principe de suggestion hypnotique, ces objets peuvent avoir des vertus analgésiques.

L’intervention testée correspond au module « Comment faire pour avoir moins mal ? » du Mini-Docs. Ce module de réalité augmentée sur tablette tactile permet à l’enfant d’incruster de façon réaliste des objets virtuels dans les images réelles du soin. Pendant les soins, l’enfant, les parents et les soignants se trouvent mobilisés autour d’une expérience ludique tout en restant connectés avec la réalité des soins. Le thérapeute ou le parent manipule la tablette avec l’enfant et accompagnent librement l’expérience de soin. Le jeu se voulant très libre, l’enfant et le thérapeute décident ensemble du scénario et de comment interviennent ces objets virtuels analgésiques. L’enfant a le choix entre plusieurs mini-jeux. Au travers du parcours de soin, des QR Codes placés dans différents lieux et même sur les blouses des soignants permettent d’accéder au jeu. Le premier jeu permet à l’enfant de faire rouler un camion de pompier et de créer un jet d’eau. Ce jeu permet à l’enfant de tenter de soulager une partie de son corps par un effet de suggestion hypnotique. Il place aussi l’enfant dans une position d’égalité face aux autres personnes présentes (il peut « arroser son médecin » virtuellement).

C’est le principe de contre agression. Le second jeu permet à l’enfant de manipuler un papillon et d’explorer la salle de soin. Le troisième jeu permet à l’enfant de créer des nuages et de cacher certains éléments de l’environnement.

Comment ce dispositif de réalité augmentée permet d’améliorer la prise en charge de la douleur ?

Les résultats suggèrent que la distraction est une technique analgésique qui peut être utilisée en toute sécurité et efficacement pour la réduction de la douleur et l’inconfort lors de procédures médicales.

En particulier, les parents apprécient de voir leurs enfants moins souffrir et nous croyons que ces nouvelles technologies peuvent avoir une véritable utilité dans d’autres parcours de soins mais également en chirurgie.

Nous avons la volonté de continuer à développer ces nouveaux usages et certainement en réalité virtuelle.

 

Guillaume SAGNES (2 Posts)

Digital Marketing Manager avec une expérience opérationnelle et stratégique de plus de 10 ans. Passionné par le digital et les nouveaux leviers webmarketing, je recherche la création de valeur et d’expérience de manière agile, en « test & learn ». Je suis en veille constante sur les nouveaux usages et les outils qui permettent de les créer.


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