AR cloud, le chaînon manquant de la réalité augmentée ? Acteurs, questions et … la suite (3/3)

Après nos deux premiers articles centrés sur la description de l’AR Cloud (ici et ici), je vous propose de faire un point rapide sur les acteurs qui émergent aujourd’hui dans ce domaine. Évidemment, le paysage change rapidement aussi il est très possible que cette liste ne reste pas longtemps à jour ! Je vous propose également de nous poser quelques questions sur les conséquences possibles de la mise en place d’un AR Cloud, en particulier du côté de la sécurité des données.

Les acteurs actuels et le retour de l’économie

Jusqu’à maintenant, nous nous sommes intéressés au concept d’AR cloud et aux éléments à mettre en place pour en faire une réalité. Certaines initiatives sont déjà en cours aujourd’hui pour mettre en place un ou des AR Cloud car, je ne vous étonnerai pas, il y a derrière un marché potentiel énorme derrière (et donc des modèles économiques à trouver).

“The world is about to be painted with data. Every place. Every person. Everything.”
Charlie Fink

Les premiers acteurs de cette pièce de théâtre sont sans surprise les géants du numérique (GAFA, BATIX, Microsoft, IBM, etc.) avec quelques outsiders plutôt orientés vers les mondes professionnels comme PTC. Ils ont tous une solution “maison” de réalité augmentée et sont aujourd’hui dans une phase de “prolifération” avec comme objectif la création d’un écosystème complet et exclusif, en tout cas pour le moment. La plupart ont commencé depuis quelques années le rachat d’entreprises du domaine des technologies immersives pour compléter les maillons manquants de la chaîne de production. On se souvient dans la RA du rachat de Metaio par Apple en 2014 ou de celui de Oculus par Facebook pour la VR. D’autres entreprises ont préféré développer leurs propres produits (Google avec les Glass ou Microsoft avec Hololens) … avec quand même quelques rachats pour étoffer la R&D interne 🙂 Bref, nous sommes dans un scénario à la Highlander (“Il ne peut en rester qu’un”) qui va probablement durer quelques années. C’est l’évolution verticale proposée dans l’article précédent. Inévitablement des alliances vont se former (c’est déjà le cas) pour rentabiliser les investissements.

Le pouvoir d’attraction de ces groupements est très puissant mais plusieurs petites entreprises sont tout de même là pour avancer leur pions. Le domaine est jeune, donc très turbulent ! Cependant 6D_ai, Wikitude, Arcona, PracticalVRFantasmo, YOUar proposent des  solutions pour l’AR Cloud, en y ajoutant souvent des éléments de la blockchain et/ou de l’IA.

Des initiatives de standardisations existent également à travers des consortiums ou des organisations : openARcloud, WebXR, ARML, VESA, IEEE, etc. On peut espérer qu’ils arrivent rapidement à proposer des briques simples et utiles aux créateurs d’applications. Le WebXR en particulier est à surveiller car la normalisation progresse vite et résout une partie du problème de la compatibilité matériel.

Quelques points comme la sécurité et la gestion des données …

Maintenant que nous avons une idée assez claire (j’espère) de ce que pourrait être un AR Cloud, il est temps de se poser quelques questions supplémentaires. Je ne discuterai pas ici des modèles économiques et des manières de monopoliser le marché pour atteindre une masse critique d’utilisateurs, cela pourrait faire l’objet d’un livre complet ! Je vous lance quelques petites idées plus simples à résumer 🙂

Father.io

L’espace réel est-il un bien commun ? Et oui, à force de mettre des contenus virtuels devant la Tour Eiffel, on peut se demander si la mairie de Paris (ou les monuments historiques) n’ont pas leur mot à dire ? Cela ne vous rappelle pas les discussions autours de l’occupation des trottoirs par les vélo en libre service 🙂 Cela peut vous paraître absurde mais je vous invite à suivre le procès qui oppose Candy Lab et la ville de Milwaukee sur la bonne utilisation des espaces publiques pour comprendre que la tolérance actuelle n’est qu’une conséquence du peu d’utilisation de la RA. Déjà Pokémon Go a fait bouger les lignes. Cette question revient régulièrement dans les discussions de RA’pro (en 2015 et en 2012), elle va peut être trouver une réponse dans les années qui viennent.

Il n’y a qu’une seule Terre 🙂 Nous n’avons donc qu’un seul décor “physique” pour l’ensemble des couches de réalité augmentée. Le ou les AR Clouds vont donc devoir gérer cette “5ème dimension” et faire cohabiter des utilisateurs qui ne se déplacent que dans les 4 premières … En matière d’UX, on risque de faire des progrès immenses … ou pas !

AR covering world

C’est joli chez toi ! Ben oui, si le monde est cartographié en temps réel, cela veut bien dire TOUT le monde et toutes ses parties. Sinon, il devient impossible d’imaginer des continuités d’utilisation. Il convient donc de mettre en place des niveaux de sécurité et d’autorisations spécifiques. Sans vouloir jouer les Cassandre, les différents services numériques actuels ont tous des problèmes pour gérer ce genre de paramètres. Et je ne vous parle pas de la sécurité de l’IoT! Restons optimiste … 

Donne moi de ta data ! Si on imagine une copie numérique de la Terre en temps réel et comme il est peu probable qu’une seule entreprise puisse être propriétaire de tous les capteurs nécessaires, on doit donc mettre en place un système d’échange de data universel et continue. Est-ce nous allons rester, nous les simples utilisateurs, les « Mechanical Turk » de ces AR Clouds boulimiques de data ? Peut-être, si nous y trouvons notre compte. Sinon, un mécanisme de compensation pourrait voir le jour, ca risque d’être sympa à organiser 🙂

En conclusion

L’ AR Cloud est aujourd’hui une utopie de la réalité augmentée. Il permet d’envisager une stratégie de développement de la technologie dont l’objectif et d’en faciliter l’appropriation par le plus de monde possible pour, in fine, simplifier nos vie dans un monde complexe. Comme au début de tous les projets de cette envergure, les obstacles sont légions et certains paraissent même complètement insurmontables.

Je prends le pari que l’idée va faire son chemin et va contribuer, petit à petit, à simplifier les relations entre applications pour nous permettre, à nous utilisateur, de transformer la réalité augmentée en “moteur de recherche” du monde réel. Il y aura probablement, et pour de nombreuses années, plusieurs AR Clouds concurrents mais comme on le sait tous … Rome ne s’est pas faite en un jour 🙂

Quelques sources intéressantes

Grégory Maubon (648 Posts)

Grégory MAUBON est responsable des données au sein de HCS Pharma, startup biotech spécialisée dans le high content screening et les pathologies complexes. Il est également Tech Evangelist en Réalité Augmentée depuis 2008, où il a crée le site www.augmented-reality.fr et a co-fondé en 2010, RA'pro l'association de promotion de la réalité augmentée. => www.maubon.com


1 comment for “AR cloud, le chaînon manquant de la réalité augmentée ? Acteurs, questions et … la suite (3/3)

  1. Julia Renaud
    8 août 2018 at 15 h 19 min

    Je du même avis que vous. Que l’AR Cloud n’est pas une utopie, qu’elle va être concret même si on doit attendre plusieurs années. Qui aurait imaginé en 2000, qu’en 2018, on jouerait avec des casques VR? Qui aurait imaginé qu’en 2002, les pokémons étaient sur nos écrans et qu’en 2018, ils seront dans nos vies à travers les smartphones? On peut dire que tout est imaginable et réalisable dans la limite bien sur.

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