RA et RM sont dans un bateau, RA tombe à l’eau …

pexels-photoDepuis quelques mois, les attraits de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle sont tels que nous voyons apparaître de plus en plus de nouveaux termes (réalité cinématique, holographique, alternative, etc.) mais également des définitions fantaisistes des anciens. La réalité mixte en particulier est abondamment citée en ce moment, avec plus ou moins de bonheur … Je vous propose de revenir à des définitions simples.  

Loin de moi l’idée de vous dire qu’une technologie est meilleure qu’une autre ! Dans la grande majorité des cas, c’est l’adéquation entre la technologie et les besoins/contraintes qui font la réussite d’une expérience. Cependant, si on veut faire comprendre au plus grand nombre comment trouver cette adéquation, il est nécessaire d’appeler un chat un chat ! C’est pour cela que nous avons déjà publié ici une courte définition de plusieurs technologies. Dans le numérique malheureusement (comme dans pas mal de domaine « à jargon ») il reste toujours plus simple d’inventer un nouveau mot que de montrer ses spécificités quand on arrive après le premier sur un marché 🙂 Dans le domaine de la réalité augmentée on a ainsi vu arriver la réalité holographique de Microsoft (Hololens) et la réalité cinématique de Magic Leap, sans vraiment y voir une réelle différence. L’ennui avec ce genre de pratique est qu’elle induit une grande confusion dans l’esprit des utilisateurs qui ont, de toute manière, autre chose à faire que plonger dans les subtilités techniques des éventuelles différences. Il me semble nécessaire donc de remettre au centre de la discussion quelques définitions simples et surtout de remettre la réalité mixe à sa place.

Il n’y a pas de définition unique du concept d’augmentation. Les recherches sont effectuées depuis plus de 40 ans et chaque équipe a forgé ses propres lexiques. Personnellement je me rattache aux définitions données par Paul Milgram and Fumio Kishino dans leur papier de 1994. Elles ont le mérite d’être assez simples et posent des bases de communication efficaces. Les définitions données par Steve Mann sont également extrêmement intéressants, comme le concept de “mediated reality”, mais restent à mes yeux plus complexes à intégrer.

source http://journal.frontiersin.org/Journal/10.3389/fnhum.2014.00112/full

source http://journal.frontiersin.org/Journal/10.3389/fnhum.2014.00112/full

Dans la définition de Paul Milgram and Fumio Kishino, la réalité mixte n’est pas une technologie mais l’ensemble du continuum entre la réalité et la réalité virtuelle. Elle comprend donc la Réalité Augmentée et la Virtualité Augmentée. Elle a surtout le mérite de ne plus avoir besoin d’un frontière entre ces deux domaines, qui est extrêmement difficile à placer.

“The most straightforward way to view a Mixed Reality environment, therefore, is one in which real world and virtual world objects are presented together within a single display, that is, anywhere between the extrema of the virtuality continuum.”
Paul Milgram and Fumio Kishino

Vous comprenez donc qu’avec cette définition, la quasi totalité des expériences présentées aujourd’hui comme de la réalité mixte sont en fait de la réalité augmentée qu’on essaye de rendre plus “hype”.

Certains argumentent également que la réalité mixte est un couplage entre la réalité augmentée et la réalité virtuelle. Outre l’écart avec la définition originale, du point de vue de l’usage, il est impossible de proposer les deux technologies en même temps. Elles ont des contraintes différentes. Il est évidement possible d’imaginer des usages ou la réalité augmentée et la réalité virtuelle peuvent s’enchaîner dans un scénario global, comme pour la formation. Dans ce cas, l’usage du terme Réalité Mixte est au mieux un abus de langage.

Il serait également possible de discuter sur le coté technique, logiciel et matériel. Il existe en effet dans ce cas des dispositifs communs aux deux technologies. De mon point de vue cependant, parler d’un dispositif technique de Réalité Mixte en expliquant ensuite que l’usage sera ensuite de la réalité augmentée et la réalité virtuelle ne me semble pas la manière la plus claire de faire comprendre les choses 🙂 Je vous invite toutefois à lire le très bon article de site internetactu.net présentant la réalité mixte sur l’axe des interactions entre le réel et le virtuel, et qui me semble un des meilleures définitions que j’ai lu : « De la réalité augmentée à la réalité mixte ».

En conclusion, si une personne vient vous vendre de la Réalité Mixte, je vous conseille de lui demander ce qu’elle entends par là et la différence qu’elle perçoit entre la Réalité Mixte et la Réalité Augmentée. Si l’explication se limite à RM = RA + RV, je vous invite à demander comment le mélange se fait. Si l’explication vous semble confuse et aboutie finalement à RM = RA … Je vous laisse tirer votre conclusion vous même !

Et n’oubliez pas que RA’pro peut vous aider à mieux comprendre les choses 🙂

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Grégory MAUBON est coordinateur numérique chez HCS Pharma, une startup biotech axée sur la R&D in vitro, spécialisée dans le criblage d’imagerie cellulaire à haut contenu (HCA) et à haut débit (HCS). HCS Pharma commercialise des produits basés sur la technologie BIOMIMESYS® et développe ses propres modèles cellulaires 3D dans sa matrice extracellulaire exclusive BIOMIMESYS®. Il gère les missions informatiques et anime les usages numériques liés aux besoins de l’entreprise. Il travaille sur la gestion des données en tant que CDO (Chief Data Officer) et dirige le programme R&D Intelligence Artificielle de l’entreprise.

Il est également consultant indépendant en Réalité Augmentée depuis 2008, où il a crée le site www.augmented-reality.fr et a co-fondé en 2010, RA’pro l’association de promotion de la réalité augmentée. Son expérience du domaine s’est forgée dans l’accompagnement de nombreuses entreprises, de tous les secteurs, sur la mise en place effective de la réalité augmentée ainsi que sur la définition d’objectifs et de critères de succès.

2 comments for “RA et RM sont dans un bateau, RA tombe à l’eau …

  1. […] Je ne peut être que 100% d’accord avec cette affirmation. La réalité augmentée ne peut pas s’arrêter à de l’affichage tête haute (HUD). L’interaction avec l’environnement doit être fort pour que les utilisateurs puissent tirer complètement partie de la technologie, et donc que le ROI soit positif. Dans l’idéal cette interaction doit aller dans les deux sens pour, en particulier, faire remonter de l’information du terrain et ouvrir, dans quelques années, vers de la réalité mixte. […]

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