Synthèse du RA’telier « Comment diffuser les usages de la réalité augmentée dans les entreprises ? » du 5 mai 2020

Au cours du dernier RA’telier de RA’pro, nous avons voulu faire un bilan de la diffusion de la réalité augmentée dans les entreprises et savoir s’il existait des moyens d’améliorer les choses. Je vous propose donc un petit résumé de nos échanges, cette fois entre professionnels du domaine, et peut-être quelques pistes à creuser pour les prochains mois. Comme d’habitude, ce résumé n’est pas exhaustif et ne saurait remplacer plus d’une heure et demi de conversation !

Le constat aujourd’hui 

IKEA Places

Commençons par quelques constats rapides. La réalité augmentée est dans les discussions des entreprises depuis un peu plus de 10 ans et, pour résumer, on a des cas documentés sur son efficacité depuis environ 5 ans. Je ne vais pas vous faire la liste des utilisations puisque vous pouvez la suivre en consultant notre veille d’actualité et nos articles. Cependant, nous pouvons lister des rendements impressionnants dans le commerce, la formation, la maintenance, la beauté, le home staging, etc. 

19 crimes

Et pourtant, on doit bien constater que la réalité augmentée, si elle est de plus en plus utilisée, est très loin d’être présente partout où elle pourrait être utile. Pourquoi “IKEA place” n’a pas été plus poussé par IKEA ? L’application date de quelques années et semble avoir montrer son efficacité. Pourquoi les autres marchands de meubles mettent tant de temps à copier l’idée ? On peut d’ailleurs avoir la même remarque pour toutes les autres applications qui fonctionnent : il n’y a qu’un « Pokemon Go » et peu de campagnes de communication en réalité augmentée comme celles de Dominos Pizza ou des vins “19 Crimes”. Pourquoi ces succès ne sont-ils pas plus largement copier ?

C’est quoi la RA?

Est-ce que la réalité augmentée est connue, en particulier par les potentiels utilisateurs ? La réponse est complexe 🙂 Elle est de mieux en mieux appréhendée, c’est certain, car les usages se développent globalement. En même temps on constate toujours une vraie confusion entre réalité virtuelle et réalité augmentée. L’utilisation d’une terminologie diverse ces dernières années (souvent par les professionnels du domaine) a d’ailleurs accentuer la confusion. 

Art Basel à Miami : http://www.street-art-avenue.com/2013/04/art-basel-art-urbain-realite-augmentee-231

On est en 2020 et il faut toujours montrer de quoi on parle, faire des démonstrations et expliquer les différences entre les usages des technologies. Un constat assez régulier : sans essais, les gens ne comprennent pas. Le rôle de RA’pro et des autres associations restent donc important même si l’’évangélisation externe ne fonctionne pas toujours avec les grosses entreprises. Souvent il est plus efficace de faire parler des personnes en interne sur l’utilisation de la réalité augmentée. Pour les ETI/PME ce sont les échanges entre pairs qui ont le plus de succès. Bref, pour les professionnels du domaine qui veulent développer leur marché, il est aujourd’hui plus pertinent d’aller démarcher des groupes d’entreprises à plusieurs. Cela peut paraître contradictoire avec une démarche concurrentielle mais, in fine, le rapport énergie dépensée / chiffre d’affaire est meilleur. Cela évite également aux professionnels d’avoir un discour trop technico-commercial centré sur leur produit, et de s’intéresser aux réels besoins des utilisateurs.

Ca sert a quoi la RA?

On constate également que, pour le moment, il n’y a pas de “killer app” ou de “killer fonctionnalité” claire pour la réalité augmentée. On a pensé à un moment que l’essayage de lunettes / maquillage / meubles (le e-commerce en fait) allait faire basculer les usages, puis Pokémon Go a enthousiasmé pour le jeu, puis les filtres des réseaux sociaux sont arrivés comme une révolution, etc. Ce sont des réussites bien entendu, mais finalement pas des révolutions comme l’email (pour Internet) ou le SMS (pour les mobiles).

Aujourd’hui, les regards se tournent vers les services géolocalisés, vers les lunettes de réalité augmentée ou encore les environnements virtuels de travail. Il n’est pas impossible qu’une killer app voit le jour dans les années qui viennent. Comme ce n’est pas le cas aujourd’hui, la perception de la valeur ajoutée, de la rentabilité de la réalité augmentée reste difficile, même avec des cas documentés. 

Un usage qui fonctionne en RA

Que faire pour convaincre un utilisateur dans ces conditions ? Les réussites connues ne suffisent pas. Nous devons nous appuyer dessus pour montrer quelle sera l’efficacité de la réalité augmentée dans son cas particulier, dans ses conditions de réalisation. A la limite, il faudrait presque faire le boulot et être payé au résultat … Pas simple pour la majorité des entreprises du secteur de la réalité augmentée (plutôt petites et avec plusieurs cordes à leur arc) de travailler de cette manière. L’autre solution est de limiter les frais de réalisation en utilisant soit une plateforme technique interne, soit un outil externe. 

Ca fout le bordel la RA ?

Faire de la réalité augmentée, c’est avoir du contenu (adapté). Cela parait évidement pour les professionnels du domaine mais c’est souvent une découverte douloureuse pour les utilisateurs. 

En effet, les ressources existantes sont encore très souvent peu utilisables en l’état. Il va falloir les compléter et parfois, modifier la manière même de fonctionner de l’entreprise. Prenons l’exemple des modèles 3D d’objets. Si on ne veut pas payer pour les ré-créer, il faudrait modifier la manière de travailler de la conception (qui les crée) ou des achats (qui sourcent les produits et devront sourcer les modèles 3D en plus). Le service informatique d’une entreprise peut aussi être un frein au déploiement si des questions de sécurité, de data, de process sont soulevés. Pour résumer, il y a un coût caché à l’utilisation de la réalité augmentée qui peut faire exploser l’investissement. 

Schéma simplifié des modifications à apporter au SI de l’entreprise pour la mise en place de la RA 🙂

Il y a deux options possibles et complémentaires pour lutter contre ce coût caché : le mettre en lumière et le réduire. Le mettre en lumière est simple, il suffit d’en parler et de faire le tour avec le client de ses ressources actuelles. C’est souvent une phase de “retour à la réalité” et parfois d’arrêt du projet. La réduction du coût caché est un processus plus délicat puisqu’il va falloir équilibrer le besoin de ressources et les résultats attendus. C’est une affaire de compromis et de diplomatie entre la réalité augmentée “des vidéos promotionnelles” (beaucoup d’investissements et de changements mais une forte rentabilité) et celle des “Powerpoint volants” (peu de changements mais des résultats beaucoup plus modestes). 

Note : L’expression des « PowerPoint volants » est à mettre au crédit de Jean-François Kitchiguine ! Elle décrit tellement bien la réalité qu’elle risque de devenir un nouveau buzzworld 🙂

Évidemment, vous pouvez aussi vous intéresser à des clients qui n’ont pas de contenu aujourd’hui (des acteurs nouveaux, de marchés de niches, etc.) car ils peuvent se permettre de les créer de la bonne manière. Nous avons parlé des vins australiens “19 Crimes” plus haut qui sont partis de rien ont fabriqué toute leur communication autour de la réalité augmentée.

Ca doit être simple la RA?

Et si finalement on mettait la barre de la transformation numérique des entreprises (et des gens) trop haute ? Passer d’un écran d’ordinateur en 2D à de la réalité augmentée, est-ce une marche trop grande ? C’est peut-être le cas pour une bonne partie des entreprises qui essaient d’évoluer sans trop bouleverser leur habitudes. Dans ce cas, la voie des “Powerpoint volants” est la meilleur solution pour engager à moindre coût les transformations. En pratique, mettre des PDF en suspension au-dessus des machines, pour faciliter la recherche et l’accès à l’information des utilisateurs n’est pas une révolution qui va déduire de 80% le temps d’intervention, mais c’est un pas assez simple à réaliser pour commencer. 

Faire simple pour assurer l’utilisation

Ce n’est pas pour rien que l’expertise à distance est en train de se développer aujourd’hui en entreprise. Non seulement elle répond bien à un besoin de resserrer les liens entre client et fournisseur mais, en plus, elle ne demande que peu de ressource pour être totalement efficace. 

Une conclusion ?

La diffusion de la réalité augmentée est pleine de promesse mais reste encore fragile. Entre l’incompréhension et l’évolution rapide des matériels et logiciels, les utilisateurs potentiels restent très prudents. A part les marchés en forte tension avec des risques concrets de disparition et les nouveau entrants “qui n’ont rien perdre”, le ventre mou des utilisateurs restent réticents aux changement induits par la réalité augmentée. Si on veut absolument les cibler, peut-être faut-il faire simple, avec le moins de réalité augmentée possible 🙂 Dans quelques années, avec une nouvelle génération, des nouvelles réalités de marchés, les choses seront différentes. Mais la plante de demain n’est-elle pas la graine semée aujourd’hui !

Professionnel de la RA sortant d’une réunion client avec la demande de faire « comme dans » Ready Player One avec le budget d’une boite de crayons …
Source Andrew Marttila

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