« 1940-1945 Prisonnier de Guerre », un ouvrage augmenté

Les relations entre le livre et la réalité augmentée sont presque aussi anciennes que cette technologie et nous vous proposons d’en explorer une nouvelle faces à l’occasion de la parution de « 1940-1945 Prisonnier de Guerre » de Jean-Louis Grandidier. Augmenté avec l’aide de Nathalie Bretzner avec qui nous avons déjà échangé sur le sujet, cet ouvrage nous montre encore un fois les liens possibles entre plusieurs médias.

Bonjour à tous les deux et merci de nous accorder du temps. Pouvez-vous rapidement vous présenter ?

Nathalie Bretzner (NB) à ce jour, je suis directrice éditoriale des Presses de l’Inalco, passionnée de l’édition très au fait des changements de paradigmes de ce domaine. En effet, l’édition doit se réinventer, mais nous le verrons un peu plus loin.

Jean-Louis Grandidier (JLG), retraité. J’ai passé dernièrement un DU de généalogie à l’université du Mans afin de renforcer mes connaissances et compétences la  en généalogie, mais aussi en l’histoire, car il est indispensable en généalogie de pouvoir “replacer” dans le contexte de l’époque la vie de nos ancêtres. 

Jean-Louis tu as choisi d’augmenter ton dernier livre “1940-1945 Prisonnier de guerre”. Avant de parler de ses augmentations, pourrais-tu nous expliquer le sujet du livre ?

NB & JLG : le sujet du livre (et surtout sa finalité) est de rendre hommage à nos ancêtres, qui pour certains ont donné cinq années de leur vie à la France. Car ces prisonniers de guerre sont les grands oubliés de la mémoire collective. En effet, dans l’esprit et la mémoire de nos contemporains restent et prédominent largement aujourd’hui le souvenir des malheureux civils déportés dans les camps de la mort, le souvenir des millions de juifs victimes de la Shoah, ou encore le souvenir des résistants.

JLG : J’ai choisi “l’expérience” vécue par mon grand-père comme trame, mais ce livre va au-delà de son histoire personnelle.

La question est basique mais pourriez-vous nous expliquer pourquoi, tous les deux, vous avez choisi d’augmenter ce livre ?

NB & JLG : le sujet peut sembler austère. Pour le rendre plus accessible au plus grand nombre, il nous a semblé utile de l’augmenter avec des documents sonores (audios, vidéos). Ainsi on découvre une partie de notre histoire. Nous disons volontairement “notre” car il est vraisemblable que chaque famille ait eu un prisonnier de guerre sans le savoir. 

Est-ce que la réalisation de cette augmentation a été facile pour vous ? Quelles compétences supplémentaires cela demande-t-il à un auteur ? Peut-il le faire seul ou faut-il s’appuyer sur d’autres personnes ?

Exemple d’augmentation sonore

NB : la réalisation de cette argumentation demande quelques connaissances informatiques si l’auteur veut fignoler les augmentations en les rendant parfois interactives. Il existe de nombreuses possibilités proposées sur Internet.

Ce qui est primordial c’est de prendre le temps de bien penser en amont ce que l’on souhaite faire. Comme tout travail, il faut bien le construire et ne pas se lancer tête baissée sans avoir pris soin d’analyser ce que l’on a comme support et ce que l’on veut réaliser in-fine.

Quand vous avez présenté le projet, puis le livre augmenté autour de vous, quelles ont été les réactions ? 

NB & JLG : dans l’ensemble les retours furent très positifs, beaucoup sont surpris de ce qu’apporte la réalité augmentée. 

NB : plusieurs fonctions cognitives sont sollicitées et permettent de faire travailler ces différents sens : vue, son, mémorisation. Plusieurs études démontrent le potentiel de la réalité augmentée et de ses bénéfices sur notre mémorisation. En effet, l’une d’elle montre une trace mémorielle bien supérieure lorsqu’un document est agrémenté de réalité augmentée. Nous ne faisons qu’appliquer ce que disait déjà Confucius : « une image vaut mille mots ».

Le fait que le contenu soit placé dans une application permet de le mettre à jour sans modifier le support. Avez-vous prévu d’utiliser cette possibilité ?

NB & JLG : c’est justement un des arguments qui nous a fait choisir ARGOplay. En effet, à notre connaissance, nous avons remarqué qu’ils sont, si ce n’est les seuls, un des seuls à proposer la réalité augmentée « simple » pour les supports imprimés. Et en ce qui nous concerne, c’était l’argument principal. C’était le cas lorsque l’ouvrage est sorti fin 2020.

Si par hasard, nous souhaitons faire une mise à jour, un changement d’augmentation est tout à fait faisable. Il suffit de remplacer la page concernée, c’est plutôt simple d’utilisation.

Le travail peut-être plus conséquent si les augmentations sont importantes et répétitives, dans ce cas une api se révèlera nécessaire.

De manière plus générale, comment voyez-vous l’utilisation de cette technologie dans le monde de l’édition ? Il y a régulièrement des livres augmentés qui sortent mais nous ne voyons pas de mouvement de fond, est-ce encore trop tôt ou est-ce une illusion ?

Exemple d’augmentation vidéo

NB : je vais me permettre de parler en mon nom. C’est un peu le marronnier de l’édition…

Depuis de nombreuses années, on parle de la concurrence entre numérique et papier. Dès 2012, je parlais de complémentarité, et non dualité, entre les deux secteurs. Malheureusement la France ne souhaitait pas s’y intéresser au nom de l’éternelle exception culturelle (!) qui à mon avis nous fait prendre un retard considérable.

Les musées, entre autres, ont pour nombre d’entre eux des applications en réalité augmentée depuis plusieurs années. Pour le livre c’est l’éternel débat, du tout numérique ou du tout papier.

Il faut comprendre à mon avis que numérique et papier sont des alliés et utiliser les deux supports pour un ouvrage est un véritable atout. Parfois un livre numérique nous suffira, à l’inverse certaines fois on aura envie après avoir lu l’epub (le livre numérique), d’avoir aussi la version imprimée pour le conserver dans sa bibliothèque.

Nous avons parlé des compétences nécessaires pour mettre en place ce projet mais, selon vous, une augmentation de l’ensemble du domaine de l’édition passe-t-il par une modification des métiers de ce secteur ? Quelles pourraient en être les conséquences ?

NB & JLG  : comme nous l’avons dit en début d’interview, le paradigme de l’édition a beaucoup évolué et c’est capital d’en avoir conscience. L’édition de nos jours mélange plusieurs métiers et je pense sincèrement que la chaîne du livre s’est étoffée. Maintenant un éditeur se doit d’avoir aussi des notions informatiques qui lui seront très utiles pour une édition sur les deux supports, numérique et papier, mais aussi contractuelles. Bien sûr il ne faut pas négliger les réseaux sociaux.

Une question plus prospective, comment voyez-vous le marché du livre et de l’édition en 2030 ? 

NB : personnellement je suis perplexe depuis déjà de nombreuses années dans un métier qui me passionne. J’ai le sentiment parfois que nous n’avançons pas vraiment et que nous laissons passer notre chance d’évoluer.

NB & JLG : à notre avis, la réalité augmentée peut aider le livre à évoluer et ceci dans plusieurs formes d’éditions. Les incrustations de sons, de vidéos, les jeux interactifs devraient inciter le lecteur à mieux s’approprier l’ouvrage et à ne pas systématiquement créer de frontières entre ces deux mondes.

Accepter aussi que le progrès peut être utile et qu’il n’est pas forcément responsable de tous les maux, serait déjà un grand pas. Reste bien sûr à bien le maîtriser !

Cette citation de Michel Serres dans son ouvrage en 2009 (déjà) “La Petite Poucette” illustre bien les changements sociaux, sociétaux et technologiques de notre société :

 Nous connaissons actuellement une période d’immense basculement comparable à la fin de l’Empire romain ou de la Renaissance. Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux grandes révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. La troisième c’est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies, tout aussi majeure.

À nous d’unir les technologies ancestrales et celles à venir pour que l’édition reste toujours ce qu’elle a toujours été un témoin des époques, des civilisations.

JLG : je profite d’avoir la chance d’être interviewé par Grégory pour vous faire connaître mon site et l‘ouvrage :

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