Regards croisés Ep01 : Les défis de l’interaction sociale en réalité virtuelle

C’est avec beaucoup de plaisir que RA’pro et l’AFXR vous proposent le premier épisode d’une série que nous espérons longue et qui à pour but d’explorer la synergie essentielle entre la recherche académique et le monde industriel dans le domaine de la XR. Nos invités du jour, Eloïse Minder, docteure en réalité virtuelle, et Julien Caporal, spécialiste des usages de ces technologies en entreprise depuis une trentaine d’années, ont partagé leurs visions complémentaires. Leur rencontre, initiée il y a quelques années au salon Laval Virtual, illustre parfaitement la nécessité de créer des ponts solides entre la théorie universitaire et la pratique entrepreneuriale.

Au cœur de nos échanges, nous avons exploré les travaux d’Eloïse Minder. Son objectif de recherche initial était de comprendre pourquoi les réunions en réalité virtuelle n’ont pas été massivement adoptées en tant qu’outil d’échange à distance, alors que la promesse de s’y sentir réuni semblait idéale. Elle s’est notamment concentrée sur la notion de coprésence, qu’elle définit comme « le sentiment d’être en présence d’autres personnes dans l’environnement virtuel ». Pour analyser cette perception subjective, elle a mené plusieurs expérimentations où les utilisateurs devaient collaborer avec un avatar perçu tantôt comme humain, tantôt comme dirigé par une intelligence artificielle. Ses conclusions révèlent une dynamique fascinante, car « le fait de simplement savoir que c’est un IA va influencer notre ressenti de l’expérience vécue ».

Cette analyse expérimentale l’a conduite à souligner l’importance du « common ground », c’est-à-dire la base commune de connaissances explicites et implicites que partagent les interlocuteurs avant même d’interagir. Julien Caporal a confirmé la pertinence de cette grille de lecture, tout en soulignant la réalité très pragmatique du secteur privé. Sur le terrain des affaires, l’adoption de nouveaux outils passe par une rationalisation financière claire, et comme il le souligne avec justesse, « pour vendre, il va falloir apporter une preuve ». Les entreprises ont en effet un besoin impérieux de mesurer leur retour sur investissement avant d’imposer des équipements lourds comme les casques immersifs. Julien met ainsi en exergue la valeur inestimable d’intégrer des chercheurs en entreprise pour valider scientifiquement ces preuves d’efficacité par des critères mesurables.

Pour conclure notre entretien, nous avons abordé les perspectives d’avenir de ce secteur florissant. Eloïse Minder juge indispensable de « structurer ce champ de recherche » selon une approche profondément transdisciplinaire. Elle insiste sur l’urgence d’y inclure des réflexions relevant de la philosophie morale et de l’éthique, notamment pour endiguer les phénomènes de harcèlement dans les espaces virtuels. De son côté, Julien Caporal projette le passage à l’échelle de la collaboration technologique au-delà des casques encombrants d’aujourd’hui, qu’il voit comme transitoires. Il affirme sans détour que « le meilleur des mondes c’est la réalité augmentée », anticipant l’arrivée de lunettes légères capables de superposer des interactions numériques au monde réel sans isoler le travailleur de son environnement physique.

Un grand merci à Eloise et Julien pour leurs explications et leurs analyses.

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Je suis Grégory Maubon, spécialisé dans les applications des technologies pour favoriser des innovations concrètes. Je m'intéresse aux données et à la manière dont on peut les utiliser pour améliorer la vie et le travail. Mes études en physique et en astrophysique et plus de 30 ans d'expérience dans l'industrie de la tech, en particulier dans les domaines de la réalité augmentée et de la science des données, ont façonné mon approche de l'innovation - toujours sur le terrain, avec un objectif clair. Ma carrière se distingue par ma capacité à combiner expertise technique et vision stratégique pour faciliter la mise en place de solutions numériques transformatrices.

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