VivaTech 2026 marque la 10ᵉ édition de ce rassemblement technologique majeur en France et pour RA’pro, notre 10ᵉ couverture du salon ! Fidèle à lui-même, le salon a attiré une foule immense et un tissu dense de jeunes entreprises. C’est toujours une véritable « foire aux start-ups ». C’est d’ailleurs étonnant de voir des critiques sur ce manque d’organisation alors que c’est l’essence du salon depuis sa création 🙂 Pour mémoire, sa conception repose sur un agencement de stands articulés autour de grandes entreprises et de plus de 60 pavillons nationaux. Si cette approche favorise la sérendipité, elle rend l’exercice d’inventaire particulièrement complexe lorsqu’il s’agit d’isoler les acteurs d’une technologie ou d’une thématique précise. Bref, c’est la foire.
Cette édition a vu les choses en grand avec des indicateurs de fréquentation et d’espace en nette progression :
- Fréquentation globale : entre 180 000 et 200 000 visiteurs ont arpenté les allées de la Porte de Versailles.
- Écosystème présent : plus de 15 000 start-ups et 4 200 exposants étaient mobilisés, attirant près de 4 000 investisseurs.
- Infrastructure : pour absorber cette affluence, la surface d’exposition globale a été agrandie de 30 % et déportée sur le Hall 7. Les connaisseurs des lieux savent que ce n’est pas le meilleur endroit pour attirer autant de monde.
Fidèles à notre mission, nous débuterons cette synthèse par une analyse du secteur de la XR, avant de faire un aparté sur les autres innovations, notamment en robotique et en intelligence artificielle, qui ont marqué le salon.
La XR sur le salon : une présence diffuse et un parcours de recherche complexe
Commençons par notre plus grande frustration, l’impossibilité de filtrer les entreprises proposant de la XR sur le site officiel du salon. L’absence d’un hashtag dédié ou d’un filtre sectoriel approprié a rendu le travail de ciblage très difficile, empêchant la construction d’un plan de visite optimisé pour aller chercher rapidement les perles du secteur. Et vu l’organisation voulue par le salon que nous avons expliquée plus haut, le seul moyen de les trouver est de marcher (beaucoup) en ayant une bonne dose de chance.
De manière générale sur le salon, si les casques sont visibles, les usages de la XR sont éparpillés et discrets. Sauf quelques cas que nous détaillons dans la partie entreprises, nous avons vu très peu de cas d’usages où la XR faisait vraiment une différence majeure. On retrouvait ici et là l’utilisation de casques pour voir une scène 3D, appréhender des données dans un environnement particulier, mais en creusant un peu, rien d’indispensable, de réellement mis en avant.

Nous avons également noté la quasi-absence des lunettes connectées. On trouvait un stand Rokid et des démonstrations chez Meta et Essilor, mais en dehors de quelques exceptions, les lunettes étaient absentes. C’est surprenant alors que c’est la grande tendance de ces derniers mois, avec des modèles qui apparaissent chez des dizaines de marques. Le manque criant de modèles disponibles pour les usages professionnels était également flagrant.
Sur le stand de Meta, il est impossible de tester facilement les Ray-Ban Display. Une inscription préalable obligatoire et un personnel pas vraiment au courant de la procédure ne facilitaient pas les choses. Pas d’autorisation non plus de les prendre en photo ! Pour un modèle disponible aux États-Unis depuis plusieurs mois, on pouvait s’attendre à un accès moins complexe. Cela donne une impression de lourdeur qui contraste avec le discours officiel de la marque.
Chez Samsung, si les démonstrations de solutions de santé étaient rigoureuses, aucune mention n’était faite du casque Galaxy ou de la XR, le sujet étant manifestement inconnu des équipes présentes.
Plusieurs entreprises proposaient des avatars 3D avec IA pour des interactions dans divers domaines, mais pas tant que cela (une vraie surprise). Pour être franc, rien ne permettait vraiment de différencier les offres, ce qui interroge sur la pertinence réelle de leur personnalisation selon les secteurs.

Les entreprises qui nous ont marquées
Malgré ces barrières de visibilité, notre exploration minutieuse des allées a permis de mettre en lumière des produits (connus ou nouveaux) qui nous ont semblé intéressants.
L’écosystème asiatique
- P&C Solutions (Corée) : présentation de son casque industriel Metalense 2 (au format proche des HoloLens) et de lunettes allégées dédiées aux scénarios de contrôle qualité et d’expertise à distance.
- DIVE XR (Corée) : une jeune pousse de 5 ans d’existence qui propose des jeux de société sur table transposés en VR, accessibles sur Meta Quest et Steam VR, affichant de nettes ambitions internationales.
- AR2VR (Taïwan) : un choix technique et économique pragmatique axé sur des applications de guides touristiques à 360° exploitant des Cardboards (casques en carton). Cette solution qui prouve l’efficacité de la VR à bas coût et simple en s’appuyant sur le smartphone de l’utilisateur.



Les acteurs européens et nationaux

- Emiotech : cet acteur du hardware 100 % français dédié à l’industrie a fait évoluer son système. Les flux vidéo sont désormais transférés directement du boîtier d’enregistrement vers le PC de réalisation. Une IA intégrée découpe automatiquement les instructions de formation et génère des chapitres. Une fois le processus validé par l’opérateur, le scénario est réinjecté dans le casque. L’ensemble fonctionne de manière 100 % locale. La structure recherche activement des investisseurs.
- SNCF (avec Clarté et Antilogy) : démonstration d’avatars IA appliqués aux processus de ressources humaines et à l’assistance virtuelle des voyageurs.
- Droplab Technologies (Luxembourg) : Déploiement de services de suivi de procédures, de dépannage (troubleshooting) et de contrôle qualité industriel via l’utilisation des lunettes connectées d’Arvicom, le tout personnalisable par IA.
- EyeVis GmbH (Allemagne) : solution logicielle médicale permettant aux opticiens d’évaluer l’acuité visuelle directement via une application mobile, se positionnant comme une alternative aux traditionnels tableaux de lecture des cabinets d’ophtalmologie.
- SeeHaptic (France) : reprise et poursuite des travaux (anciennement projet Artha) autour d’une technologie inclusive particulièrement pertinente pour l’assistance aux personnes aveugles.
- Avatar Medical (France) : pépite française convertissant instantanément l’imagerie médicale en modèles 3D réalistes pour optimiser la planification chirurgicale et la pédagogie auprès des patients.
- Altitude101 (France) : Présentation de productions vidéo immersives. L’équipe défend la thèse que le format 180° représente le futur du divertissement immersif, nécessitant une montée en compétences techniques immédiate malgré un marché grand public encore en devenir.
- Audiodeem (France) : utilisation ingénieuse de lunettes connectées en milieu clinique pour documenter les consultations médecin-patient. Moins intrusive qu’une caméra, la solution utilise une IA capable de reconnaître les gestes métiers du praticien pour enrichir automatiquement le compte-rendu médical.
- AI4IV (Italie) : Développement d’un capteur de vision spécifique capable de gérer la saturation lumineuse pixel par pixel (s’apparentant à un HDR matériel). Bien que l’innovation dépasse le cadre strict de la XR, l’entreprise cible le marché des lunettes connectées et pourrait faire l’objet d’un rachat industriel rapide.
- Karasonic par Jodio (taiwan) : kit grand public associant un micro, un casque et une application pour recréer l’acoustique immersive et le retour sonore d’une véritable salle de concert lors de sessions de karaoké.









Au-delà de la XR : La dynamique de la robotique et de l’intelligence artificielle
Si vous cherchiez la preuve que 2026 est l’année de la mobilité robotique, vous étiez au bon endroit. Les robots étaient partout, et surtout, ils tiennent enfin debout (littéralement). Fini les bras articulés qui tremblent comme un café trop fort : cette année, on a vu de la dextérité, de la précision, et même un robot qui construisait la Tour Eiffel en fil de fer (oui, ce niveau de précision). Notre bilan reste cependant mitigé face à la prédominance de machines limitées à des chorégraphies préprogrammées ou téléopérées à distance, générant parfois une impression d’artifice.
Deux exceptions notables se sont distinguées : Enchanted Tools, dont les interactions verbales et physiques brillaient par leur naturel, et Foxconn, axé exclusivement sur l’efficacité de la production industrielle.


Le salon a subi une véritable avalanche d’offres liées à l’intelligence artificielle, rappelant la dynamique opportuniste observée en 2024, où l’apposition du label « IA » tenait lieu de stratégie marketing. La grande tendance de cette édition repose sur l’essor de l’IA agentique (avec autant de définitions que d’entreprises). Ces solutions promettent de concevoir et de déployer des agents autonomes capables d’exécuter des workflows complexes sans nécessiter de compétences en développement informatique. D’un point de vue purement technique, l’architecture de la grande majorité de ces produits se résume à une superposition standardisée : Produit IA = LLM tiers + RAG/Documentation + Interface utilisateur (UX). L’interface utilisateur reste souvent la seule brique logicielle réellement maîtrisée par la start-up éditrice. On observe par ailleurs une méconnaissance assez généralisée des contraintes liées aux infrastructures matérielles nécessaires pour garantir la souveraineté réelle des données. Avec des services pour la plupart facilement reproductibles par les opérateurs majeurs des principaux LLM actuels, nous pouvons nous demander ce que vont devenir toutes ces entreprises (et surtout leurs clients).
Et donc pourquoi la XR était si discrète ?
Au terme de ces quatre jours, nous nous sommes forcément demandé ce qui est arrivé à la XR depuis 2025 ? Après quelques discussions, nous vous proposons les pistes suivantes.
- La maturité opérationnelle de la technologie : La XR a dépassé le stade du prototype ou du gadget de démonstration pour early adopters. Intégrée aux processus de maintenance, de formation industrielle ou de médecine personnalisée, elle est devenue un outil de production mature. N’étant plus une innovation de rupture, elle quitte logiquement les discours marketing d’apparat. Cela nous semble tout de même un peu simple comme explication dans une période où l’écosystème XR reste fragile et où la partie concernant les lunettes connectées est assez nouvelle.
- La cannibalisation par l’intelligence artificielle : L’IA a capté l’essentiel des budgets de communication des grands groupes et l’attention des flux de visiteurs, saturant l’espace disponible pour les autres technologies.
- Les lacunes d’indexation du salon : L’absence de filtres de recherche et de structuration thématique claire a invisibilisé les pépites immersives existantes, reléguant la découverte de la XR à un exercice de prospection difficile pour d’éventuels clients utilisateurs. Si la compétence principale d’une entreprise n’est pas mise en avant, à quoi bon venir ?
Et vous, qu’en pensez-vous ?
(Des photos supplémentaires sont disponibles sur ce lien)


