C’est avec un peu de retard que nous vous proposons notre synthèse de l’édition 2026 de Laval Virtual. Il nous a fallu un peu plus de temps que d’habitude pour cerner les enseignements de cette édition avec l’aide de plusieurs exposants et visiteurs. Le marché de la XR semble cette année en pleine mutation, entre contraintes économiques fortes, concurrence de l’IA, discrétion des constructeurs et émergence d’un marché des lunettes que personne ne maîtrise. Comme l’an dernier, nous allons vous proposer dans la suite de cet article les tendances qui nous ont paru marquantes et nous y parlerons de quelques entreprises présentes. Pour avoir une vision plus complète du salon, vous trouverez une liste de liens à la fin du texte.
Pour commencer, nous vous proposons une discussion informelle avec Philippe Carrez (cofondateur – explorations360) et Karen Crevecoeur (CTO – Ary) sur leurs visions de Laval Virtual 2026.
Un public plus mature et plus international
Le visitorat s’est légèrement contracté cette année de 10 à 15%, dans la moyenne donc des événements tech que nous avons couverts comme le CES. Ce public change aussi de nature d’après les exposants, il devient de plus en plus connaisseur des technologies et arrive avec des projets de plus en plus calibrés. Cette montée en compétences globale signifie que les discussions sur les stands ne portent plus sur les bases du fonctionnement d’un casque, mais s’orientent immédiatement vers des questions techniques pointues, des problématiques de déploiement ou des critères de viabilité opérationnelle. L’époque de la découverte émerveillée et du simple effet « wahou » semble révolue.
Il y a deux conséquences à cette transformation. La première est une exigence nouvelle sur la spécificité des expertises des entreprises de la XR. Sans critère de différenciation clair et affirmé, toutes les entreprises se ressemblent et aucune ne se démarque. La seconde est une crainte pour le renouvellement des utilisateurs. Sans « novice » qui vient prendre des idées d’utilisation pour un secteur qui n’est pas habitué à la XR, on risque de limiter l’expansion de la technologie dans ces domaines déjà bien occupés.
L’envergure internationale de l’événement s’est également confirmée, attirant des délégations étrangères qui permettent de confronter les approches françaises aux pratiques mondiales. Ce public, tout aussi mature que le public national, partage les mêmes préoccupations concernant la pérennité du matériel et la souveraineté des données, ce qui harmonise les discours des fournisseurs sur l’ensemble du salon.
Création 3D, IA et Gaussian splatting en pleine expansion
Le Gaussian Splatting, décliné en versions statiques (3DGS) et animées (4DGS), s’impose désormais comme une alternative de choix à la photogrammétrie traditionnelle en offrant un rendu bien plus fidèle des éléments complexes tels que les reflets, les transparences ou les détails fins comme les cheveux. Cette technologie a atteint une maturité assez remarquable, illustrée par la collaboration entre les sociétés Effigy et Gracia AI, qui parviennent à optimiser et compresser ces captures volumétriques pour les rendre fluides sur des casques autonomes.
Des applications concrètes de cette technologie se multiplient, notamment au CEA-List qui fusionne les données de Gaussian Splatting avec des modèles CAD pour créer des jumeaux numériques interactifs où l’on peut manipuler virtuellement des objets réels capturés. La startup preWatch exploite également cette technique pour proposer des plateformes de visualisation collaborative, permettant par exemple de simuler l’aménagement d’une concession automobile ou d’offrir une vue immersive précise depuis un siège de salle de spectacle.

En parallèle, l’intelligence artificielle générative devient le véritable moteur de la démocratisation de la création de contenus immersifs. Elle permet désormais à des experts pédagogiques sans bagage technique de concevoir des parcours de formation complets ou de générer des modèles 3D à partir de simples prompts textuels. L’exemple de la jeune entreprise Helix Conception et sa solution Lari est une excellente illustration. En effet, l’entreprise propose un système complet et portable, sous forme de mallette autonome, permettant à un formateur de créer ses parcours de formation in situ, complètement assisté par l’IA et immédiatement opérationnels. Il est même possible de mettre en place des éléments imprévisibles dans les simulations pour renforcer le réalisme de l’apprentissage. La solution fonctionne à la fois avec des casques de réalité mixte comme le Quest 3 et des lunettes XREAL Ultra Une démonstration très impressionnante !
Cette intégration de l’IA bouleverse l’économie du secteur en réduisant drastiquement les coûts et les temps de production. Certains professionnels nous ont expliqué pouvoir réaliser trois fois plus de travail en deux fois moins de temps qu’auparavant. Cela facilite également les déploiements à grande échelle en abaissant les coûts unitaires par utilisateur, tout en fournissant des produits personnalisés Cela change complètement les manières de travailler et force les entreprises à bien comprendre où se situe maintenant leur valeur ajoutée.
C’est intéressant de noter que nous sommes toujours à Laval Virtual sur une présence « discrète » de l’IA par rapport à d’autres salons. Les exposants ont fait preuve d’une retenue manifeste, choisissant de ne pas transformer leurs stands en vitrines pour l’IA mais de rester ancrés dans les démonstrations de solutions immersives concrètes. Peut-être que la maturité globale des visiteurs pousse à cette manière de présenter les choses. L’IA est une brique technologique de support, souvent invisible pour l’utilisateur final mais essentielle à la production de contenus complexes.
Côté matériel : incertitude et nouveaux challenges
Cette édition est marquée par plusieurs paradoxes : les lunettes font parler mais sont peu présentes, les casques sont utilisés mais sans certitude sur leur viabilité et tout le monde se demande comment le B2B va adopter (ou pas) le matériel destiné au B2C !
Les casques de réalité mixte dominent les allées du salon. C’est déjà une observation intéressante, car une tendance au recul de la VR dans les usages immersifs semblait se dessiner lors de récents salons dédiés à la culture ou à la formation en début d’année. À Laval Virtual, elle demeure l’outil privilégié. Sans surprise, le trio habituel règne en maître : Meta (avec la gamme Quest), HTC et Pico. On note tout de même l’apparition de l’Apple Vision Pro, mais de manière très anecdotique. Il reste cantonné à des cas d’usage très spécifiques en formation, là où une forte puissance de calcul et une qualité graphique supérieure sont indispensables. On a aussi vu quelques Samsung Galaxy XR mais de manière étonnamment discrète pour un casque qui devait ouvrir l’ère AndroidXR sur ce type de matériel.
Bref, rien de très nouveau et c’est bien cela qui rend les utilisateurs un peu prudents. Meta a annoncé sa focalisation sur le marché B2C et, de manière assez claire, sur le créneau des lunettes. L’avenir de la gamme Quest est loin d’être assuré. HTC était très présent mais n’a pas annoncé de nouveaux produits ni de volonté de faire évoluer sa gamme. Pico n’était présent que sur le stand de ses revendeurs et les utilisateurs attendent de tester le Swan et son Pico OS 6 pour savoir si la migration est intéressante. Varjo conserve son positionnement très industriel et militaire et, pour couronner le tout, l’annonce de la liquidation de Lynx a été faite environ un mois avant l’événement. Vous comprenez mieux les questions que peuvent se poser à la fois les prestataires XR et les utilisateurs. C’est une vraie crise de confiance qui semble se développer.


On a pu découvrir cette année Nexvision avec un produit très spécifique : un casque de réalité augmentée militaire. Cette proposition s’inscrit dans la tendance de fond observée lors de cette édition, marquée par un virage massif vers le secteur de la défense. Ce matériel est conçu pour répondre aux exigences de robustesse et de précision propres aux opérations de terrain et à la maintenance d’équipements militaires.

Rames VR en plein test du HMS Stingray G2 sur le stand de VR experts (source : https://www.youtube.com/watch?v=f3rpW7gAoPI)
Dernier point à prendre en compte sur les casques, le remplacement de Hololens. Ce n’est pas nouveau, mais on se rapproche petit à petit de la fin de vie « officielle » fin 2027 et il devient déjà compliqué de trouver du matériel de remplacement pour les projets existants. Il n’existe toujours pas de solutions isofonctionnelles mais les tests du HMS Stingray G2 semblent encourageants et des entreprises comme frontline.io le mettent particulièrement en avant. Est-ce que les industriels qui ont fait leur propre développement sur Hololens 2 vont sauter le pas sans de sérieuses garanties sur la durée de disponibilité du matériel ? Le moins que l’on puisse dire est que cela reste à voir !
Comme l’année dernière, les lunettes connectées se sont faites plutôt discrètes sur cette édition. Avec cependant trois exceptions notables.
ARvicom se positionne sur le segment des secteurs industriels spécialisés. Dans un contexte où les services de cybersécurité imposent de plus en plus leur veto sur les matériels équipés de caméras provenant de constructeurs non européens (notamment pour le nucléaire ou la défense), ARvicom est identifié comme l’une des rares alternatives européennes crédibles. Leur solution permet de répondre aux problématiques de souveraineté en offrant une maîtrise plus complète de la pile logicielle et matérielle pour les environnements à risques.



Le constructeur chinois Toplite propose une approche différente en mettant en avant des modèles trés abordables. Alors que de nombreux acteurs peinent à proposer des tarifs compatibles avec des déploiements à grande échelle, Toplite tente de séduire par des prix attractifs. Le modèle VR Cinesolo est par exemple proposé à 99$ pour des performances loin d’être ridicules. Les lunettes « AR » sont, elles, à moins de 10$ mais pour ce prix vous n’aurez qu’un petit écran intégré dans la branche supérieure. Il reste à trouver le bon usage !


HTC cette année a largement mis en avant son modèle « Eagle » axé sur la vie privée, permettant de prendre des photos, des vidéos, d’écouter des podcasts et d’interagir avec une intelligence artificielle intégrée que vous pouvez choisir. HTC mise sur une stratégie de plateforme ouverte pour gagner des parts de marché dans le secteur et intéresser les clients B2B. Pour le moment, ce modèle n’est pas disponible en Europe, mais cela devrait être le cas dans le courant de l’été.


Au-delà de ces exemples, les lunettes connectées se sont faites plutôt discrètes sur cette édition. Bien que le secteur de la XR observe un pivot progressif des casques VR vers les lunettes AR, ce marché est décrit par de nombreux professionnels comme un véritable « Far West » où les acteurs cherchent encore leur positionnement stratégique. Les professionnels jugent globalement que la technologie manque encore de maturité pour des déploiements B2B à grande échelle. Certes, on pouvait apercevoir quelques XREAL, RayNeo, Viture ou autres sur le nez des exposants, mais cela restait de l’ordre de la démonstration technique, sans réel cas d’usage professionnel affiché. C’est un décalage assez frappant avec les conférences de la première journée qui vantaient l’essor du marché B2C et les belles perspectives dans le B2B. Les freins évoqués sont encore nombreux :
- Les écosystèmes fermés (comme ceux de Meta) posent des problèmes pour le traitement des données confidentielles.
- Les plus petits constructeurs (comme XREAL et les autres marques chinoises) n’inspirent pas encore une confiance suffisante quant à la stabilité de leurs plateformes, la pérennité de leurs gammes, ou la clarté des transferts de données.
- La diffusion et la création d’applications restent des problématiques récurrentes.
La structuration de l’écosystème : l’ère des collectifs
Ce n’est pas une nouveauté, mais plutôt la confirmation d’une tendance de fond observée depuis quelques années : le marché s’organise. Qu’il s’agisse des prestataires XR ou des entreprises utilisatrices, la dynamique est à la création de collectifs et de groupements.
Côté prestataires : le travail collaboratif s’ancre profondément, comme l’illustrent la création du CNXR, le partenariat ARVR au niveau européen ou encore l’initiative locale de la communauté Synexa à Angoulême. Et ce n’est pas un hasard s’il y avait tant de représentations nationales à Laval. Le regroupement en collectifs est perçu comme une solution vitale pour contrer la fragilité économique des petits studios XR isolés, mais, comme l’ont fait remarquer plusieurs contacts, « jouer collectif » n’est pas une habitude naturelle en France 🙂
Côté utilisateurs finaux : dans des domaines aussi variés que le nucléaire, la construction, le ferroviaire ou la défense, la logique est la même. Les grands comptes se fédèrent autour d’acteurs clés pour consolider leurs besoins, mutualiser les expériences existantes et standardiser les processus. Le but est clair, standardiser les processus et de ne plus « réinventer la roue » pour des cas d’usage similaires, ce qui permet de consolider les budgets et de rassurer les directions financières.
Secteurs en évolution, la formation et la défense/sécurité
Sans surprise, pas mal de solutions XR ciblaient le domaine de la défense et de la sécurité. Nous avons déjà évoqué le casque de Nexvision et la présence de Varjo ou OptiTrack très implantés dans ce secteur. Mais les acteurs du secteur sont également venus montrer leurs usages, à l’image de Gendarmerie Nationale, via l’Institut de Recherche Criminelle (IRCGN), qui a présenté le projet Janus.
Janus est un système de jumeau numérique dédié aux scènes de crime. Il utilise des scans 3D (par drones ou photos) pour recréer une représentation fidèle et durable d’un lieu d’enquête. Il permet aux enquêteurs et aux procureurs de se replacer virtuellement sur une scène de crime des mois ou des années après les faits pour analyser des trajectoires de tir, des champs de vision ou confronter des témoignages. Outre l’aspect judiciaire, cet outil permet de libérer les scènes de crime plus rapidement, évitant à la gendarmerie de payer des loyers pour maintenir des appartements sous scellés pendant des années. Le logiciel a été développé entièrement en interne pour garantir un contrôle total des données sensibles, une exigence critique dans ce secteur. Le projet a d’ailleurs été récompensé par un Laval Virtual Award 2026.
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Pour le secteur de la formation, très présent en 2025, la situation a aussi évolué. Cela reste un marché très important de la XR, mais l’offre s’est globalement contractée pour gagner en maturité fonctionnelle. Les entreprises utilisatrices semblent avoir désormais fait le tour des modules dédiés aux gestes métiers classiques, ce qui pousse les éditeurs à proposer des expériences plus complexes basées sur l’interaction humaine et le management. Il faut donc de réelles compétences pédagogiques ET une connaissance de la XR pour proposer des solutions qui retiennent l’attention. Dans le même temps, l’arrivée d’outils « no code » utilisant de l’IA pour aider les formateurs à créer leurs propres modules, comme l’excellente solution de Uptale ou le dispositif de Helix Conception que nous avons déjà présenté, entraine l’internalisation des projets. De nombreuses entreprises créent leurs propres divisions XR pour gérer les développements les plus simples, asséchant ainsi le marché pour les petits prestataires externes.
Plusieurs spécialisations semblent trouver leur chemin dans ce paysage tourmenté :

- Les avatars conversationnels de Kaviar Tech misent sur la simplicité de création et de mise en place pour délivrer des formations ou juste des explications personnalisées.
- L’hybridation de la formation et du LBE pour proposer des sessions collectives présentée lors des conférences par Marija SMULKSTYTE et illustrée par Battery Boost de Virtualware (voir la vidéo ci-dessous). C’est peut-être la tendance qui se dégage en termes d’efficacité et de complément aux formations « soft skills » solitaires.
- La mesure précise de l’activité cérébrale pendant les formations comme avec la plateforme Virtualia du Laboratoire Mémoire Cerveau & Cognition (LMC2). Évidemment cela reste encore un marché de niche, mais avec l’arrivée de lunettes connectées aux multiples capteurs, cela pourrait bien devenir LE critère de différenciation par la mesure pour les entreprises qui proposent de la formation en XR.
Quelques trouvailles et expériences marquantes
Impossible de parler de Laval Virtual sans vous donner une liste de ce qui nous a marqué et qui, comme tous les ans, n’est pas exhaustive car le temps manque pour tout tester !
KineThreads est un système haptique impressionnant permettant d’obtenir les bénéfices d’un exosquelette de manière plus accessible, pour un prix de l’ordre de 400 $.
Le micro M480 du consortium HD Audio 3D permet de capter le son à 360° et un outil est disponible pour le restituer de manière très précise. Le résultat est absolument bluffant !
AquaWave Ensemble de LumiSound XRLab (National Tsing Hua University Taiwan) est un outil collaboratif de création à destination des classes, basé sur la musique. Très poétique et un peu magique, l’expérience est également une méthode pédagogique en pleine validation.
Des idées pour la suite ?
Vous l’avez compris, cette édition de Laval Virtual reflète assez bien l’état de l’écosystème XR aujourd’hui. De nombreux professionnels du secteur parlent d’une période de transition « exigeante », voire « darwinienne ». Les innovations technologiques sont moins présentes et les utilisateurs recherchent plutôt des innovations d’usage sur des infrastructures aussi stables et pérennes que possible. Cela n’empêche pas le secteur d’être en expansion, mais le développement n’est pas égalitairement réparti. Les gagnants sont ceux qui savent mettre en avant leur particularité (en lien avec un besoin exprimé par le client), utiliser l’IA au bon endroit dans leur chaîne de production et qui ont la capacité à jouer collectif pour augmenter leur taille de marché. Tout cela, évidemment, en ayant les arguments pour rassurer leur client sur une stabilité des technologies qui n’existe pas, mais qui peut être découplée des usages… Sacrée combinaison !
Sources
- Laval Virtual 2026 [FR] Conduire en réalité mixte avec Stellantis et HMS Singrey G2 – Rames VR
- Laval Virtual 2026 [FR] Recherche et Projet Étudiants – Rames VR
- Laval Virtual 2026 [FR] Samsung Galaxy XR, Even Realities G2, NBI, Gunstock Mavrik VR – Rames VR
- Le Best Of de Laval Virtual 2026 : Ce qu’il faut retenir – TECHNOIDVR
- Laval Virtual 2026 : gaussian splats, motion capture, innovations et industrie en transition – 3DVF
Je suis Grégory Maubon, spécialisé dans les applications des technologies pour favoriser des innovations concrètes. Je m'intéresse aux données et à la manière dont on peut les utiliser pour améliorer la vie et le travail. Mes études en physique et en astrophysique et plus de 30 ans d'expérience dans l'industrie de la tech, en particulier dans les domaines de la réalité augmentée et de la science des données, ont façonné mon approche de l'innovation - toujours sur le terrain, avec un objectif clair. Ma carrière se distingue par ma capacité à combiner expertise technique et vision stratégique pour faciliter la mise en place de solutions numériques transformatrices.



