Dans notre série d’interviews sur le Metaverse, nous vous proposons une discussion avec Philippe Carrez, cofondateur d’Exploration 360, sur la place de la réalité virtuelle dans ce concept. Meta vient d’annoncer la prééminence du mobile pour son monde Horizon et semble penser que les casques ne sont pas réellement adaptés. On voit la même chose au Japon depuis des années. Est-ce que le Metaverse tourne le dos actuellement à la réalité virtuelle ? Est-ce passager ou définitif ?
Philippe n’est pas un nouveau venu sur la scène virtuelle. Son parcours, qui débute dès 1997 avec le Deuxième Monde de Canal+, montre que le Metaverse est une évolution lente plutôt qu’une révolution soudaine. Il a d’ailleurs vécu une expérience fondatrice en lançant sa première marque « subOceana » directement dans Second Life, en développant une simulation de plongée pour la fédération PADI.
Au fil de notre échange, Philippe clarifie sa vision du Metaverse, qu’il définit comme un espace numérique persistant et interactif. Cependant, il apporte une nuance fondamentale : le véritable Metaverse devrait être décentralisé. Pour lui, les plateformes actuelles comme Horizon World ou VRchat restent des jardins clos appartenant à des intérêts privés. Un monde numérique idéal devrait permettre une réelle souveraineté des données, où chaque utilisateur pourrait déplacer ses créations et ses possessions d’un univers à l’autre sans être captif d’un seul opérateur.
Un point central de notre discussion a porté sur la place du casque de réalité virtuelle dans la socialisation. Philippe défend l’idée qu’imposer un casque pour interagir socialement est un contresens ergonomique. Si la VR est un outil exceptionnel pour la formation ou la thérapie médicale grâce à sa capacité d’immersion unique, elle génère une fatigue cognitive et une isolation physique qui nuisent aux interactions spontanées. Selon lui, la sensation de présence et le lien social dépendent bien plus de l’ambiance et de la plateforme que du matériel utilisé. On peut parfaitement se sentir connecté aux autres derrière un simple écran si l’univers est bien conçu.
Enfin, nous avons abordé le virage actuel vers la réalité augmentée et les lunettes connectées. L’informatique se rapproche de plus en plus du corps humain, passant du bureau à la poche, puis désormais sur le nez. Si ce « Metaverse du monde réel » semble plus fluide et socialement acceptable que l’immersion totale, il soulève des questions importantes sur la surveillance de masse. En captant en permanence ce que nous regardons et comment nous réagissons, les géants de la tech accèdent à une mine de données personnelles sans précédent.
L’avenir du métavers se joue sans doute à la croisée des chemins entre l’utilité pratique et la protection de notre vie privée. Comme Philippe le souligne, il faudra beaucoup d’inventivité aux utilisateurs pour détourner ces outils de leur fonction purement marketing et en faire de véritables espaces de rencontre.
Je suis Grégory Maubon, spécialisé dans les applications des technologies pour favoriser des innovations concrètes. Je m'intéresse aux données et à la manière dont on peut les utiliser pour améliorer la vie et le travail. Mes études en physique et en astrophysique et plus de 30 ans d'expérience dans l'industrie de la tech, en particulier dans les domaines de la réalité augmentée et de la science des données, ont façonné mon approche de l'innovation - toujours sur le terrain, avec un objectif clair. Ma carrière se distingue par ma capacité à combiner expertise technique et vision stratégique pour faciliter la mise en place de solutions numériques transformatrices.

