Nous parlons souvent chez RA’pro de l’utilisation des technologies immersives pour la médiation, qu’elle soit scientifique, culturelle ou historique. Le lancement du « Mois numérique à la romaine » par le MuséoParc Alésia était donc une excellente occasion de revenir sur ce sujet et de mettre en lumière les actions particulières de ce lieu unique en France. Nous avons donc échangé avec Laurent Bourdereau son directeur. Avant d’entrer dans le vif du sujet, Laurent a tenu à rappeler la nature particulière du site qu’il dirige. Doté d’une architecture contemporaine circulaire signée Bernard Tschumi, le musée incarne à la fois la concentration de la célèbre bataille de 52 avant Jésus-Christ et le rayonnement de la civilisation gallo-romaine qui a suivi. Son objectif premier reste la transmission des savoirs autour de cet événement historique majeur et de la romanisation de la Gaule. Le parcours de Laurent Bourdereau, d’abord historien de l’art avant de diriger des lieus culturelles, des théâtres et des jardins remarquables, illustre parfaitement cette volonté de croiser les disciplines pour faire vivre un lieu patrimonial de manière innovante.
Lors de notre échange, nous avons abordé la genèse du mois numérique à la romaine, un événement conçu pour répondre aux nouvelles attentes des visiteurs désireux de s’immerger par le son et l’image dans l’Histoire. En collaboration avec le studio de création Théoriz, le musée propose une expérience où le public n’est plus passif. Grâce à des capteurs de mouvement, les visiteurs deviennent acteurs de leur environnement : leurs pas peuvent recomposer des mosaïques romaines et leurs gestes faire s’envoler des oiseaux virtuels. Laurent insiste sur le fait que ces technologies, comme le mapping vidéo ou la réalité augmentée, ne se substituent pas aux collections physiques, mais viennent ajouter une strate de compréhension et de surprise au parcours classique.
Et surtout cette introduction technologique ne se fait pas au détriment de la vérité historique. Laurent nous a expliqué la nécessité absolue de faire collaborer les créateurs numériques avec un comité scientifique, composé de chercheurs, d’archéologues spécialistes du monde romain. La consigne est stricte pour éviter toute fausse représentation : « quand on ne sait pas, on n’en parle pas ». Cette rigueur permet de proposer une réalité superposée, c’est-à-dire l’ajout d’éléments virtuels documentés sur le paysage réel via un écran, qui soit parfaitement fidèle aux découvertes archéologiques.
L’intégration de ces nouveaux outils transforme également le travail des équipes du musée. Les médiateurs culturels sortent de leur zone de confort pour s’approprier ces dispositifs immersifs. Comme le formule le directeur du site, « on apprend un nouveau métier, on apprend un métier d’alchimiste ». Il s’agit désormais de composer avec des fragments sonores, visuels et interactifs pour créer une narration cohérente, sans jamais se laisser absorber par l’outil technologique lui-même. La technologie reste au service du public et du projet scientifique.
Enfin, nous avons interrogé Laurent sur les limites de ces technologies et la frustration liée à leur évolution rapide. Contre toute attente, il voit l’obsolescence des supports numériques comme une formidable opportunité. Au lieu de figer le musée dans une installation qui vieillirait mal, cette contrainte oblige les équipes à penser des espaces flexibles, de véritables zones de respiration prêtes à accueillir les prochaines innovations. Loin d’en avoir peur, il estime qu’il faut embrasser cette dynamique pour continuer à surprendre, renouveler la médiation et transmettre la connaissance aux générations futures avec les outils de leur temps.
Je suis Grégory Maubon, spécialisé dans les applications des technologies pour favoriser des innovations concrètes. Je m'intéresse aux données et à la manière dont on peut les utiliser pour améliorer la vie et le travail. Mes études en physique et en astrophysique et plus de 30 ans d'expérience dans l'industrie de la tech, en particulier dans les domaines de la réalité augmentée et de la science des données, ont façonné mon approche de l'innovation - toujours sur le terrain, avec un objectif clair. Ma carrière se distingue par ma capacité à combiner expertise technique et vision stratégique pour faciliter la mise en place de solutions numériques transformatrices.


