
Nous l’attendions tous, la keynote Google I/O 2026 s’est déroulée la semaine dernière et les lunettes connectées ont été mises à l’honneur… 10 minutes sur 2 heures de présentation 🙂 Pour être tout à fait honnête, il s’agissait plus de confirmer les pistes de développement déjà connues que d’annoncer des innovations. Nous vous proposons donc de faire un retour sur les points importants de cet événement pour imaginer s’il s’agit d’un manque d’ambition ou d’une stratégie de développement robuste.
Avant de rentrer dans le dur de la XR, établissons le contexte. Sundar Pichai a ouvert l’événement en rappelant que dix ans s’étaient écoulés depuis le pivot de l’entreprise pour devenir « AI-first » (priorité absolue à l’intelligence artificielle) et que cette année 2026 marque une transition vers « l’ère agentique ». Autant dire que Gemini était au cœur de la discussion et, plus précisément, au cœur de TOUS les produits et services. C’est particulièrement important pour la partie XR et vous constaterez dans la suite les nombreux liens que cela implique.
Les lunettes audio et les lunettes de réalité augmentée

Comme pour de nombreux constructeurs, Google intègre deux catégories distinctes de lunettes connectées dans sa feuille de route de l’entreprise. La première concerne les lunettes à affichage, dotées d’un écran intégré au verre. Ce dispositif permet de superposer des données visuelles directement dans le champ de vision, comme les détails d’un itinéraire ou des traductions simultanées lors d’un déplacement à l’étranger. Nous n’avons pas eu plus d’informations sur les développements des modèles de cette catégorie mais Google a annoncé le lancement du « Android XR Developer Catalyst Program » pour soutenir les développeurs souhaitant créer des applications XR avec des kits de développement comprenant des lunettes AURA de XREAL. On comprend bien que l’objectif est d’accélérer le développement d’une communauté d’ici la fin de l’année pour probablement un lancement des modèles en 2027 (oui, même si 2026 est annoncé).
La seconde catégorie de lunettes est semblable aux Ray-Ban Meta : purement audio, avec des caméras intégrées et pilotées par le smartphone grâce à de l’IA. La conception de ces objets repose sur un équilibre délicat entre la technologie et la mode, les lunettes étant perçues comme un produit profondément personnel qui façonne l’identité visuelle de celui qui les porte. C’est pourquoi les premiers modèles sont créés en partenariat avec les lunetiers Gentle Monster et Warby Parker. C’est clairement ces derniers qui ont été largement mis en avant lors de la keynote. Google a précisé qu’ils fonctionneront aussi bien avec les smartphones Android qu’iOS via une application dédiée, s’assurant ainsi une portée maximale dès leur lancement. Ils seront disponibles cet automne, mais pour l’instant nous n’avons pas de prix de vente.
AndroidXR et Gemini
On va le rappeler, même si c’était particulièrement clair lors de la keynote : toutes ses lunettes sont pensées pour AndroidXR, dont le point central est Gemini. Et c’est dans ce schéma que l’outil Antigravity (encore plus orienté coding dans sa V2) devient un pilier du développement d’application pour ces appareils. Google cherche à lever le verrou de la complexité technique. Simplifier la production d’applications est le nerf de la guerre pour peupler un magasin d’applications qui, pour l’instant, reste bien vide par rapport aux standards du mobile.
Google tente de créer un standard « de fait » dans un marché en plein développement. Pour les développeurs comme pour les utilisateurs, l’arrivée d’un environnement de développement stable, porté par l’architecture Android que tout le monde connaît, est une réponse attendue.
Officiellement, vous serez en mesure de choisir votre LLM pour motoriser vos applications. En pratique, on voit difficilement comment se passer de Gemini pour accéder facilement à toutes les fonctionnalités du système. Il est très peu probable que les IA tierces aient un même niveau d’accès profond au système que Gemini, qui restera l’assistant par défaut pour toutes les tâches quotidiennes comme la navigation ou la traduction visuelle directe. Ne soyons pas naïfs, Google a besoin de ces lunettes pour récupérer des données du monde réel à utiliser dans Gemini.
Les lunettes, nouvel accessoire du smartphone ?
Contrairement à ce qu’on a pu lire régulièrement depuis la sortie des premières Ray-Ban Meta, les lunettes ne sont pas des terminaux de substitution au smartphone (en tout cas pas encore). Elles viennent en complémentarité dans une logique d’interaction contextuelle « mains libres ». Pour les développeurs, la question des quelques prochaines années sera probablement d’imaginer des usages qui combinent harmonieusement lunettes et smartphone, chacun proposant des fonctionnalités adaptées à son ergonomie. Du beau travail en perspective !
Le choc des écosystèmes
Si vous connaissez un peu le domaine des lunettes connectées, vous avez certainement ressenti le choc quasi frontal de la stratégie de Google avec celle de Meta. Même type d’appareils, mêmes usages, même intégration de l’IA, même focalisation B2C, même déclinaison mode et luxe, etc. On retrouve le schéma qui a opposé Apple et Google dans le mobile, mais cette fois avec Meta dans le rôle de l’intégrateur vertical. Meta a l’avantage du premier entrant et du matériel qui fonctionne. Google a l’avantage de l’écosystème de développeurs et de l’intégration profonde avec nos vies numériques (Gmail, Maps, Search). Il reste aussi à comprendre la stratégie d’Apple dans ce secteur, mais pour le moment elle reste assez secrète (ou inexistante au choix). La question que tout le monde se pose : est-ce que cette affrontement va booster le marché ? La réponse arrivera d’ici 2027 avec les chiffres de vente !
2026 l’année de la consolidation pour Google dans la XR ?
Au terme de cette analyse, le sentiment qui semble dominer est celui d’un pragmatisme assumé pour Google. Si cette édition de la Google I/O a pu décevoir ceux qui espéraient une « rupture » technologique ou des démonstrations visuelles époustouflantes, on peut aussi convenir que Google a troqué l’effet d’annonce pour un travail de fond nécessaire sur AndroidXR. Pour mémoire, le système a été officiellement lancé en décembre 2024 et on ne peut pas dire que les résultats, un an et demi après, soient significatifs. L’objectif est donc aujourd’hui de bâtir une infrastructure robuste, un « standard de fait » capable de rivaliser avec l’avance de Meta.
Cependant, ne nous y trompons pas : nous sommes dans une année pivot, pour ne pas dire l’année de la dernière chance pour la crédibilité de Google dans le hardware XR. On attend toujours que le Galaxy XR fasse ses preuves depuis son lancement officiel en septembre 2025.
Soit cette stratégie de consolidation permettra un envol massif porté par Samsung et les développeurs Android en 2026, soit elle confirmera que Google reste, pour l’instant, le spécialiste des cimetières de bonnes idées (RIP Tango pour les initiés).


