Galaxy XR, le chaînon manquant de la XR actuelle ?

© Kerry Wan/ZDNET (source)

Samsung a présenté récemment son nouveau casque Galaxy XR fruit d’une alliance stratégique avec Google et Qualcomm. C’est un grand retour dans le domaine de la XR pour cette entreprise et une publicité importante pour le système Android XR de Google. On peut d’ailleurs se demander si nous n’avons pas assisté à un double lancement bien plus concret pour l’OS que les quelques démonstrations de la dernière Google I/O. Nous nous proposons donc de revenir sur ce matériel et d’imaginer quels usages il peut engendrer, à plus ou moins long terme !

Samsung et la XR, ce n’est pas nouveau

Pour mettre un peu de contexte, l’intérêt de Samsung pour la XR n’est pas nouveau. L’entreprise a été l’un des premiers acteurs majeurs à investir dans le secteur. On se souvient du Samsung Gear VR (2014-2019), développé en partenariat avec Oculus VR. Ce dispositif ingénieux transformait un smartphone Galaxy en un casque VR mobile et abordable. Bien qu’il ait introduit des millions d’utilisateurs à la VR, ses performances étaient intrinsèquement limitées par celles du téléphone, seulement 3DOF, souffrant d’un suivi de position rudimentaire et d’un écosystème de contenu fragmenté. Samsung a finalement cessé son support en 2019. Parallèlement, Samsung a également exploré la VR pour PC avec le Samsung HMD Odyssey (2017-2019), un casque haut de gamme pour la plateforme Windows Mixed Reality. Reconnu pour la qualité de ses écrans AMOLED, l’Odyssey n’a pas réussi à percer face à la domination de SteamVR et d’Oculus, et sa production fut également interrompue. Sur le plan de la réalité augmentée, la marque avait brièvement dévoilé des concepts de lunettes nommées « Glasses Lite » au CES en 2020 pour une commercialisation annoncée en  2021, mais qui n’a jamais eu lieu.

Le Galaxy XR et l’importance de Android XR

Le casque Galaxy XR marque donc une nouvelle étape pour la marque. Côté matériel, on retrouve un excellent setup avec un processeur Snapdragon XR2+ Gen 2, des écrans micro-OLED de résolution très élevée (3 552 × 3 840 pixels par œil) avec un rafraîchissement de 90 Hz, un champ de vision annoncé à peu près de 109° en horizontal et de 100° en vertical, des caméras « pass-through » haute résolution parfaites pour la réalité mixte, des caméras de suivi de position, de l’eye-tracking, et un système de reconnaissance de l’iris pour le déverrouillage. Les caractéristiques sont donc très prometteuses et rivalisent avec le Vision Pro d’Apple dans le haut de gamme pour un prix inférieur de moitié (2000$). Notez que les contrôleurs ne sont pas proposés directement avec le casque, mais doivent être achetés séparément. 

Pour la partie logicielle, impossible de ne pas parler d’Android XR, le tout nouveau système d’exploitation immersif de Google. Il permet non seulement d’accéder aux applications Android classiques (via le Google Play Store) mais aussi à des apps « made for XR » optimisées, tout en profitant de l’assistant d’intelligence artificielle Gemini de Google, intégré au système. Vous l’avez compris si vous avez suivi la présentation d’Android XR à la dernière Google I/O, l’IA en général et Gemini en particulier sont les piliers du système. Le casque de Samsung profite donc à la fois d’un écosystème d’applications et d’un assistant IA immédiatement disponible. Et pour enfoncer le clou, avec le casque, vous profitez d’un Explorer Pack qui inclut 12 mois de Google AI Pro, YouTube Premium, Play Pass, et d’autres abonnements/expériences XR.

N’oublions pas également que Google a conçu Android XR sur des standards ouverts (OpenXR, WebXR, Unity), promettant un développement de contenu rapide et une compatibilité étendue. Le Galaxy XR va donc forcément profiter de la multiplication des contenus.

Quelques retours des premiers utilisateurs ?

Les premiers retours des utilisateurs et de la presse spécialisée sont globalement positifs, mais nuancés. Plusieurs tests mettent en avant la qualité d’affichage grâce à la résolution 4K par œil, sans distorsion. Le confort semble bon, avec un poids contenu et un design équilibré, plus que l’Apple Vision Pro qui reste lourd sur l’avant. Certains utilisateurs notent une légère sensation de chaleur après 25 minutes d’usage en démo. L’intégration des applications Android et la possibilité d’utiliser un clavier/souris ou de lier un PC sont également saluées. La rapidité de la configuration (sans téléphone, juste avec ses identifiants Google) est aussi un aspect particulièrement appréciable, et plus efficace dans la prise en mains que la plupart des autres modèles. Enfin, on peut noter la facilité du “sideloading”, qui permet de récupérer des applications de son PC en mode “drag and drop », en toute simplicité.

Côté critiques, on retrouve : l’autonomie (environ 2 h pour usage général) qui reste modeste dans l’absolu. Le choix des contrôleurs non inclus dans le pack de base fait aussi beaucoup parler. Le champ de vision est un peu décevant, on se serait attendu à mieux que le Quest 3 à ce niveau de prix (même si la qualité de l’écran sur le Galaxy XR reste incomparable). Enfin, plusieurs commentateurs estiment que ce n’est pas tant le matériel le problème, mais la maturité de l’écosystème applicatif XR qui déterminera le succès, et il y a encore beaucoup de choses à faire.

Le FOV du Galaxy XR trouvé sur un forum réalisé avec https://boll.itch.io/wimfov

Quels usages ? 

Comme le fait très bien remarquer Anthony Vitillo dans son article de synthèse sur le casque, la première chose à remarquer, c’est justement qu’il ne se démarque pas vraiment de ces concurrents. Et on peut dire la même chose de tous les casques. Le Galaxy XR n’a pas de caractéristique différenciante qui le rendraient indispensable pour un usage particulier ou une catégorie de population. Il va donc se retrouver sur les mêmes créneaux que ses camarades.

Nous l’avons déjà mentionné, le choix de ne pas fournir de contrôleurs directement avec le casque ne le destine pas à priori au marché B2C des joueurs. On peut donc penser à une utilisation proche de celle du Vision Pro, c’est-à-dire un écran de grande qualité pour consommer du contenu vidéo. Cela reste un marché assez limité aujourd’hui mais qui peut se développer avec des partenariats ciblés proposant en particulier des contenus “immersifs” en 3D ou en 180°/360°. Pour le moment, accéder au catalogue Netflix ou à une saison de NBA semble un peu léger pour un matériel de ce prix.

Si on s’intéresse à des usages professionnels, la possibilité de connecter facilement un clavier et une souris est particulièrement intéressante. En effet, en utilisant les applications Android et en bénéficiant en plus de l’assistance de Gemini le casque peut devenir une sorte d’ordinateur portable à la manière des Chromebooks. Samsung a déjà mis en avant les “écrans infinis” permettant de multiplier les fenêtres d’applications. Le domaine de la création et des médias est également visé avec des solutions comme l’application immersive de montage vidéo d’Adobe Project Pulsar. Nous pouvons également penser que les professionnels seront sensibles à la faciliter d’opération du casque (installer un APK aussi simplement que sur un mobile) et à l’absence de surcout pour un usage “pro”. Il n’existe pas en effet, à ce stade, de licence spéciale qui interdirait l’usage commercial du casque lui-même. Nous sommes sur un matériel grand public-pro utilisable en entreprise sous réserve de respecter les conditions générales, la garantie, et les EULA des logiciels Samsung/Google installés. Le Galaxy XR devrait d’ailleurs s’inscrire dans la stratégie Galaxy Enterprise Edition qui s’applique aux appareils mobiles et qui offre un service de maintenance supplémentaire et un outil de gestion de flotte.

Comment se positionne le Galaxy XR dans le marché actuel de la XR ?

La question du positionnement du Galaxy XR est centrale dans sa future réussite et, à première vue, il semble combler le fossé entre un Vision Pro très haut de gamme et un Quest 3 destiné au marché grand public. La réalité étant toujours plus complexe que la théorie, nous devons rester prudent sur cette analyse. En effet, le Galaxy XR ne semble pas du tout destiné au grand public même s’il y aura toujours une catégorie d’utilisateurs qui voudront tester et posséder ce qui à ce jour est le meilleur écran de RV du marché. Le prix de 2000$ est élevé pour utiliser des applications Android ou voir un film sur “grand écran”. Meta sera encore pour quelques années le leader de ce segment.

Du côté des utilisations professionnelles par contre, les avantages du casque sont nombreux : qualité de l’appareil, prix “raisonnable”, possibilité de développer sur un système Android, intégration facile dans les MDM, etc. Dans le secteur de la formation dans lequelle les avantages de la XR ne sont plus à démontrer et où on voit (enfin) le déploiement de flottes de centaines voir de milliers de casques, la Galaxy XR pourrait trouver une rampe de lancement idéale, au moins dans les cas où la précision du rendu est importante comme la santé, l’apprentissage de gestes artisanaux ou les simulations réalistes du secteur de la défense. 

Une comparaison de casque de Ilia Mikheev sur Linkedin (source)

Par rapport aux lunettes même si les usages sont différents, cela reste dur de proposer aux utilisateurs toujours plus de matériel différents. 

Certains commentateurs ont fait des comparaisons un peu hâtives entre ce casque et les différents modèles de lunettes connectées comme les Ray-Ban Meta. Évidemment on parle de produit complètement différent, les lunettes sont destinées à un usage quotidien alors que le casque se positionne plutôt sur des temps particuliers, comme les loisirs. Mais on ne peut pas négliger le rôle de « précurseur » que pourrait avoir un succès du Galaxy XR. Est-ce que Samsung serait prét à proposer sa propre paire de lunettes, complémentaires du casque ? Est-ce que les utilisateurs seront convaincus par de multiples matériels dédiés à des usages particuliers ? Rendez-vous dans quelques mois pour le savoir 🙂

CEO à  | Site Web |  Plus de publications

Valérie dirige Reapse Consulting, une société de conseil spécialisée dans la Réalité Augmentée et Mixte. Elle accompagne les entreprises industrielles dans le déploiement de solutions XR, au travers notamment d'une base qualifiée de 500+ prestataires de RA et de RV/RM en Europe .
Après 10 années passées chez un fabricant, Valérie est aussi une spécialiste de l'écosystème mondial des "smartglasses", des lunettes « AI » de type Rayban-Meta aux lunettes de réalité augmentée.
Certifiée experte numérique France 2030, affiliée au réseau Européen d’experts, et Vice-Présidente de RA Pro, elle est aussi un membre élu actif du CNXR.

Consultant réalité augmentée à  | Site Web |  Plus de publications

Je suis Grégory Maubon, spécialisé dans les applications des technologies pour favoriser des innovations concrètes. Je m'intéresse aux données et à la manière dont on peut les utiliser pour améliorer la vie et le travail. Mes études en physique et en astrophysique et plus de 30 ans d'expérience dans l'industrie de la tech, en particulier dans les domaines de la réalité augmentée et de la science des données, ont façonné mon approche de l'innovation - toujours sur le terrain, avec un objectif clair. Ma carrière se distingue par ma capacité à combiner expertise technique et vision stratégique pour faciliter la mise en place de solutions numériques transformatrices.

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