Facebook Connect 2020 : un pas de plus vers un écosystème complet

Le 16 septembre dernier Facebook nous a proposé son évènement dédié aux technologies immersives, nommé maintenant Facebook Connect. Nous vous proposons de revenir ici sur les annonces concernant plus particulièrement la réalité augmentée, pour tenter de comprendre un peu mieux la stratégie de l’entreprise et savoir comment se préparer à la suite !

Contrairement à ce que nous aurions pu penser, il y a eu peu d’annonces « techniques concrètes» dans le domaine de la réalité augmentée. Le matériel vraiment mis en valeur a été la version 2 de l’Oculus Quest. Son arrivée sur le marché le 13 octobre prochain est l’annonce phare du FC2020. Il est vrai que, dans la situation actuelle, le Noël 2020 risque de faire la part belle à la réalité virtuelle. La réalité augmentée n’a évidemment pas été négligée puisque Michael Abrash (Chief Scientist du Facebook Reality Lab) a conclu la keynote d’ouverture sur ce sujet pendant plus de 40 minutes. Les annonces y ont été plus globales, proposant une stratégie, voire une vision, pour progresser vers de la réalité augmentée partagée par le plus grand nombre d’utilisateurs, grâce à un dispositif léger et adapté, bref les fameuse « lunettes de tous les jours ».

Sans vouloir être exhaustif, voici les points qui ont retenus notre attention.

La vision globale et le Facebook Reality Lab

Mark Zuckerberg l’avait déjà annoncé en début d’année, les technologies immersives (RA et RV) sont pour lui les bases des interactions numériques des années 2020 comme l’a été l’ordinateur personnel (1990) et le smartphone (2010). Depuis janvier, la période de confinement a encore accentué l’impact de ces technologies, en particulier grâce à leur capacité à donner un sentiment de « présence » quel que soit la distance physique. La mission qu’il donne à son entreprise est donc d’être à l’avant-poste de cette nouvelle ruée vers l’or. La première réalisation concrète est la création du Facebook Reality Lab (FRL) qui a réunir l’ensemble des compétences internes travaillant sur le sujet.

« Instead of having devices that take us away from the people around us, the next platform will help us be more present with each other and will help the technology get out of the way.”

Mark Zuckerberg

Le FRL va donc mettre en place les briques de bases de cette vision : le matériel (lunettes et casques), une profil personnel et probablement une identité des utilisateurs avec sa « safety policy », le mécanisme des interactions sociales avec sa gouvernance appropriée, l’index global des éléments virtuels et réels (Facebook LiveMaps) avec probablement un outil de recherche dédié et, bien entendu, l’écosystème associé avec son modèle économique.

Le FRL va travailler sur l’utilisation des technologies immersives dans la vie de tous les jours mais également dans la vie professionnelle. D’ailleurs une partie non négligeable de la conférence portait sur le « bureau » du futur en partie réel, en partie virtuel (Infinite Office) et intégré dans LiveMaps !

Les lunettes pour 2021 … et 2031 🙂

Nous en savons maintenant un peu plus sur les projets de Facebook dans le domaine du matériel adapté à la réalité augmentée, mais à peine. Il y a aura bien une première itération en 2021. Ce sera une paire de lunettes «intelligentes» mais qui ne proposera pas encore de RA au sens strict. Nous ne sommes pas vraiment surpris puisque les discussions entre Facebook et Essilor Luxottica ont été rendues publiques l’an dernier. Comme le précise Mark Zucherberg les lunettes sont des accessoires de mode personnel. Elles doivent être adaptées à la vie de tous les jours et aux envies de chacun. Il est donc probable que plusieurs modèles sortent pour satisfaire le plus grand nombre.

Sur les fonctionnalités c’est encore assez flou même s’il est plus que probable qu’elles feront office de complément au smartphone. La mise en avant de Spark AR semble indiquer que les applications dédiées s’appuieront fortement sur cet outil (et donc qu’il risque d’évoluer dans les 6 mois qui viennent). Après les succès pour le moins mitigés des Focals (North), des Frames (Bose) ou des Spectacles (Snapchat) on peut avoir quelques doutes sur le potentiel de marché de ces objets. Mais évidemment il faut toujours garder à l’esprit la puissance de Facebook (qui peut sponsoriser ces lunettes à les proposant à moins de 100$ par exemple) et sa vision (ce n’est que la première étape pour accroître les données disponibles sur l’utilisation).

Est-ce que ce modèle sera lié à Facebook LiveMaps ? Rappelons que cet index général des éléments réels, virtuels et des interactions doit normalement être mis à jour par les utilisateurs, consciemment ou non, à l’aide de leur matériel de réalité augmentée. On peut imaginer sans prendre trop de risques que le premier modèle de lunettes va commencer la collecte. Reste à en connaitre les modalités. Un conseil, si vous êtes intéressés, surveillez les CGU 🙂

La seconde étape viendra dans 3, 5 ou peut-être même 10 ans, avec des lunettes réellement augmentées, petites filles du projet « Aria » largement commenté dans l’événement.

Les éléments d’une interface idéale

Encore une fois, ce projet n’est pas vraiment nouveau puisque qu’un prototype de recherche est déjà disponible, mais il est officiellement entré en phase de test auprès d’une centaine de volontaires. Les capacités techniques du modèle actuel ont peu d’intérêt mais en listant les capteurs, on peut comprendre que le FRL essaye de rassembler le maximum de données perçues « du point de vue de l’utilisateur » pour ensuite travailler l’ergonomie et l’assistance intelligente. Michael Abrash nous a donné les points clés à résoudre avant la mise sur le marché.

Le point le plus important porte sur l’UX globale de l’outil. Plusieurs fois le mot « frictionless » a été répété. Pour que l’utilisation des lunettes soit réellement sans friction, l’interaction avec l’utilisateur doit être complètement repensée par rapport au vénérable GUI datant des PC. Les contrôles par la voix ou par le système nerveux périphérique apportent des solutions. L’exemple de la plasticité cérébrale dans ce dernier cas, avec l’utilisation d’un sixième doigt, est particulièrement impressionnante.

Comment faire travailler votre sixième doigt !

Cependant pour aller plus loin et surtout éviter que l’utilisateur soit distrait par des sollicitations, une grande partie de l’interaction devra être interprétée par une IA « personnelle » entraînée probablement par nos données personnelles. Pour cela, elle devrait comprendre les intentions de l’utilisateur et même les prévoir …  

La place des données personnelles

Don’t be evil?

Et donc nous entrons dans un des points clefs de la conférence, présent dans toutes les discussions : les données personnelles. Vous avez compris de ce qui précède que la mise en place d’un assistant réellement intelligent, qui gommera effectivement les frictions de votre vie augmentée va demander une parfaite connaissance … de vous-même ! En langue numérique, cela implique de capter le maximum de données sur vous et vos actions et de les relier à un profil personnel, probablement  l’ « identité Facebook » que nous avons mentionnée. Techniquement, cela ne pose pas de problème, l’entreprise maîtrise déjà très bien le profilage grâce à son réseau social et les données des capteurs des lunettes de réalité augmentée (ou du casque pour la VR) seront des mines de connaissances.

Pour rassurer les utilisateurs, Facebook a mis en avant ses « Responsible Innovation Principles » qui guideront l’ensemble de ses développements et a lancé un programme de recherche dédié. Il y a aurait beaucoup de choses à dire dans ce domaine entre l’acceptation par l’entreprise de lois européennes, la centralisation des identités de Oculus ou les CGU du projet ARIA mais la principale information est sans doute la mise en place du profil Facebook généralisé à tous les outils de l’entreprise (pro ou pas) alimenté par une quantité assez impressionnante de données personnelles. Ce sera probablement une des pièces maîtresses de l’écosystème Facebook AR/VR.

L’écosystème

A plusieurs reprises dans l’événement les entreprises créatrices de contenus de l’écosystème Oculus et Facebook ont été mises en avant. Aujourd’hui ce sont clairement les applications VR qui rapportent de l’argent et plusieurs titres qui ont dépassés le millions de dollars de revenus.

Pour la RA, on ne parle plus de $$$$ mais plutôt du nombre d’utilisateurs de “Spark AR” qui augmente fortement (plus de 400000 créateurs pour plus d’un millions d’effets). L’application étant jeune, les chiffres de croissance sont impressionnants. L’ouverture de cet outil au développement pour Messager, Reels et Portal devrait encore accroître la communauté. 

Il est probable que le magasin d’applications Oculus évolue vers un “store” plus général mis en place par le FRL et destiné à alimenter l’ensemble des canaux de distribution (casque, web, lunettes, etc.) un peu à l’image de tous les “store” qui se développent depuis des années. Les expériences de RA et de RV y seraient distribuées de manière homogène et partageraient une grande partie des “briques communes” que nous avons évoqué plus haut. Quel sera le modèle économique de ce store ? La question est importante car Facebook pourrait y trouver une évolution de son propre modèle de vente de données personnelles et être plus en phase avec sa toute nouvelle volonté de “privacy” pour ses utilisateurs. Reste à convaincre les créateurs à un moment où le modèle Apple craque un peu …  oui même chez Facebook himself 🙂

Pseudo conclusions pour les utilisateurs et les professionnels de la réalité augmentée

On peut penser ce qu’on veut de Facebook, l’entreprise n’est pas en déclin et possède une vision forte de ce qu’elle veut faire dans les 10 prochaines années. C’est une des rares qui a le potentiel de changer durablement les habitudes de la majorité des gens dans l’utilisation de la réalité augmentée,. Il convient donc de se positionner dès maintenant.

Si vous êtes un utilisateur, vous allez devoir rapidement repenser la valeur de vos données personnelles et ce que vous êtes prêt à donner pour avoir des services. Il est peu probable que le modèle économique de Facebook change rapidement, ce sont donc bien vos données qui seront utilisées et vendues. La contrepartie sera l’accès à des services de réalité augmentée dont une grande partie sera gratuite, et l’accès à du matériel à coût modéré (comme pour le casque Quest 2). Votre identité et votre avatar seront probablement transportés dans tous les services Facebook en RA et en RV. Dans la logique actuelle, vous devez déjà utliser votre véritable identité pour avoir un compte Facebook. Avec le développement des services en RA et en RV on pourrait rapidement voir apparaître une vérification plus importante de ce point et peut être même un véritable “identité Facebook” liée à des données biométriques captées de vos équipements. Ajoutons à cela la mise en place d’une monnaie comme le Libra et vous avez presque les caractéristiques d’un état … La nationalité vous tente ?

Si vous êtes un professionnel de la réalité augmentée (quel que soit votre domaine) vous allez avoir un choix simple à faire : vous êtes dans ou en dehors de l’écosystème. Si vous choisissez la première option cela implique au minimum une maîtrise de Spark AR et probablement une connaissance des outils d’AI de l’entreprise associée et une révision des docs développeurs 🙂 Vous allez devoir également surveiller la mise en place du store et de son modèle économique. Quand à ceux d’entre vous qui travaillent dans le B2B, vous avez certainement déjà commencé à gérer des problèmes d’identification sur vos Quest et vos Rift. Voyez le bon côté de la chose, vous êtes préparés à gérer des problèmes identiques en RA (et à expliquer la situation à vos clients).

Rendez-vous en 2021 pour teste le premier modèle de lunettes !

La mode en 2027 ?

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