Synthèse du RA’telier du 16 juin sur la place de la RA dans le “monde post COVID”

Au cours du dernier RA’telier de RA’pro nous nous sommes interrogés sur la très étrange période que nous venons de vivre, et que nous vivons encore en ce moment. La pandémie de COVID-19 est dramatique d’un point de vue humain. Elle a également bouleversé en profondeur des pans de nos sociétés et en particulier le travail. Comme de nombreux articles sont parus ces dernières semaines sur l’impact de cette pandémie sur le développement des technologies immersives en général et de la réalité augmentée en particulier, nous avons pris un temps pour échanger sur cet impact.

Comme toutes les synthèses de RA’telier, celle-ci sera partiale et incomplète. Elle sera particulièrement synthétique car nos échanges ont été très riches et très hétérogènes. Si vous voulez vraiment en savoir plus, participez à un RA’telier 🙂

Qu’est-ce qui va rester de cette période ?

Commençons par un point de contexte résumé en une image.

La pandémie a forcé la distanciation spatiale entre les gens, à un niveau unique dans toute l’histoire de l’humanité. Nous ne savons pas si cette situation sera vraiment le “new normal” mais elle a déjà, en quelques mois, changé bien des choses dans nos manières de vivre et de travailler. Elle nous a forcé en particulier à nous adapter, rapidement et sous une contrainte forte, à cet isolement. L’espace, la géographie n’ont plus tout à fait la même signification. La technologie a joué un rôle majeur et son image en ressort “changée”, peut-être semble-t-elle plus utile qu’avant ? Pour mémoire, la fin 2019 était placée sous le signe de la désillusion face aux évolutions du numérique (pour ne pas dire de la colère). 

Que nous disent les tribunes, les articles et les avis ? 

La liste n’est pas exhaustive mais voici quelques sources discutants de l’intérêt de la réalité augmentée en pleine période de crise.

Je vous propose une synthèse très brève sous forme de mots clés, qui sont autant de marchés potentiels de développement de la technologie.

Sans entrer trop dans les détails, nous retrouvons des “valeurs sûres” de la réalité augmentée comme les formations aux gestes et l’expertise à distance. Mais on voit apparaître également des sujets moins habituels comme comme la consommation de biens virtuels et la nécessaire adaptation à l’imprévisibilité du monde. 

Quels sont les points que nous avons retenus pour la réalité augmentée ?

Évidemment tous les secteurs n’ont pas été impactés de la même manière et il serait stupide de prétendre que les technologies immersives vont résoudre tous les problèmes. Voici donc uniquement une liste des points de questionnement qui ont retenu notre attention. Rien ne nous dit qu’ils sont les seuls ou même les plus pertinents mais, il nous semble intéressant de les prendre en compte dans nos “outils” de promotion et de développement dans la réalité augmentée en lien avec les réflexions du précédent RA’telier !

  • Le travail à distance : Vous en avez assez entendu parlé 🙂 Même si la transition a été brutale, force est de constater qu’un bon nombre de personnes y ont trouvé du sens. Pour être plus précis, ils et elles ont surtout trouvé de moins en moins de sens à effectuer 3 heures de déplacements par jour pour s’installer derrière un écran et remplir des tableaux Excel … Les technologies immersives ont une vraie capacité à faciliter ce travail à distance en apportant des éléments virtuels chez l’utilisateur (la RA) ou en le projetant dans un espace virtuel partagé (le RV). Ces technologies ne sont qu’une brique de l’ensemble des outils “sociaux” dont nous disposons déjà, mais une brique importante. Ils ne remplaceront pas (encore) Slack, Teams ou Zoom mais apportent des usages particulièrement intéressants. Encore faudra-t-il les proposer en lien avec d’autres outils et à un coût accessible (voir plus bas)
  • La sécurité des gens sur le terrain : Envoyer une personne sur un chantier, dans un salon ou dans une réunion est devenu un problème de santé et de responsabilité de l’employeur. C’était déjà le cas pour des déplacements dans certaines parties du monde mais le phénomène est maintenant généralisé. Les outils de présence à distance (“remote expertise”) pourraient résoudre efficacement un partie de ces problèmes pour un coût quasi marginal aujourd’hui. Oui, nous sommes d’accord, ce n’est pas vraiment une nouveauté mais, un peu à la manière des webconférence, la crise est la “pichenette” qui peut faire exploser les usages.
  • L’accès à des savoirs et des compétences, la transmission : En lien avec le point précédent, cette situation a remis en lumière la rareté des expertises disponibles dans un certain nombre d’industries. Les difficultés de transmission de savoir faire, leur captation, leur capitalisation sont des secteurs où les technologies immersives ont un grand rôle à jouer. Il y a beaucoup d’actions en ce sens (voir par exemple le projet [G]host) mais, ici aussi, la crise catalyse les besoins. Nous pourrions bien vivre l’année 0 des catalogues de formation en VR (partagés et accessibles).
  • La concurrence des compétences : C’est presque l’opposé du point précédent. Certains secteurs, comme l’éducation et la formation, ont beaucoup de compétences disponibles avec une possibilité de choix très restreinte de la part des utilisateurs (en particulier pour cause de coût et de distance). Maintenant que les personnes sont tombées un peu malgré elles dans la formation à distance, immersive et interactive, certaines se demandent ce qui pourrait les empêcher de choisir leur “fournisseur” dans un marché plus large ? Pourquoi ne pas prendre un cour de mathématiques en Angleterre ou en Indes plutôt que dans mon lycée ? Pourquoi ne pas faire une formation complémentaire artistique aux USA surtout si elle est proposée par le MOMA de New York ? Pourquoi recruter mes professeurs dans ma ville alors que certains sont disponibles dans le monde entier ? Il y a des institutions (plutôt américaines il est vrai) qui investissent ce domaine depuis des années et qui proposent des diplômes en ligne. Elles travaillent déjà dans des environnements immersifs pour recréer cette immersion qui manque aux MOOC. Grâce à ces outils elles vont maintenant pouvoir proposer des formations techniques. Pour mémoire, les cours en ligne sur Youtube existent depuis des années, comme les certifications proposées par des entreprises privées (celles de Microsoft ou de Google peuvent avoir plus de crédit que certains diplômes). Combinez le tout pour avoir une idée de l’éducation dans 5 ans 🙂
  • Compétence et formation “à la demande” : On ne sait pas trop si cela tient de la formation, de la transmission d’expertise ou de la démarche d’autonomisation mais l’accès à la bonne information, au bon moment, pour la bonne personne et au bon endroit est une demande de plus en plus récurrente. Je veux pouvoir par exemple diagnostiquer et réparer une imprimante ou un tableau électrique en étant devant et sans le connaître par avance. Je ne veux surtout pas qu’on me propose une formation de deux jours pour connaître toutes les subtilités de la machine alors que je dois juste changer la cartouche d’encre ou le troisième fusible en partant de la droite 🙂 C’est l’ère des “tutos” comme on en trouve à foison sur Youtube. Cela tombe bien puisque “l’accès à la bonne information, au bon moment, pour la bonne personne et au bon endroit“ c’est dans la définition et dans les avantages de la réalité augmentée !
  • La réduction des déplacements : La question de l’utilité des déplacements est un sujet dans les entreprises depuis quelques années, en particulier pour les salons professionnels ou certaines réunions d’équipe . La période actuelle est une sorte de phase de test grandeur nature de l’arrêt de ces déplacements. Les comptes seront faits probablement au début 2021 et il n’est pas impossible de découvrir que l’impact sur les “deals” n’est pas si important que cela. Les déplacements et les participations à des salons ne seront pas complètement abandonnées mais très probablement fortement réduits. Ces événements devront à la fois monter en gamme et proposer des formes de participations alternatives au présentiel.
  • La présence à distance : Au delà de l’expertise, plusieurs expériences professionnelles, artistiques et musicales ont montré qu’on pouvait réellement partager des émotions à distance, pour le moment en réalité virtuelle. Même après les restrictions sanitaires actuelles on ne pourrait faire entrer que 800000 personnes dans le Stade de France alors que sur sur Fornite, plusieurs millions peuvent suivre un concert avec le sentiment “d’y être”. La TV immersive est en route !
  • Le lien avec les clients pour la vente : On semble avoir redécouvert l’importance de la vente sur Internet durant les 4 derniers mois. Les critiques sur l’ogre Amazon ont surtout montré que la plupart des acteurs du secteur commercial n’était toujours pas prêts à utiliser ce canal efficacement … Pourtant, ceux qui avaient de l’avance, dans l’essayage virtuel par exemple, ont mieux supporté la crise. Il est vrai que ce sont eux également qui maîtrisent le mieux la vente en ligne. On peut espérer que maintenant tout le monde à compris l’intérêt de ses services … 
  • La nécessaire ouvertures des données : La crise actuelle a forcé la marche des entreprises dans le cloud et à pousser au déconfinement des données. L’urgence passée, ces données pourraient enfin être accessibles simplement pour les applications de réalité augmentée à travers des flux standardisés. On imagine mal une marche arrière. Cette possibilité devrait faciliter les mises en production et surtout diminuer drastiquement le coût de l’accès à la donnée.
  • Le modèle économique des solutions : Si les plateformes de webconférence et de travail collaboratif comme Zoom, Teams, Discord ou Slack ont vu leur nombre d’utilisateurs explosés, leur modèle économique est basé sur des abonnements gratuits ou peu coûteux. Les solutions XR peuvent-elles (doivent-elles) aller sur le même modèle de vente de masse ? Evidemment cela suppose la mise en place d’outils “scalables” et donc d’un investissement important au début. Un nouveau boulevard pour les géants américains et chinois du numériques ?

Voici donc les quelques points qui ont retenu notre attention. Il est évidemment difficile de savoir si les signes perçus dans cette période d’urgence seront des tendances à long terme. Il est indéniable cependant que des lignes ont bougé dans tous les domaines. Ce qui nous semble aujourd’hui comme un avantage concurrentiel apporté par la réalité augmentée pourrait bien devenir la norme demain. Malheureusement, cette évolution ne sera peut-être pas dû à une diffusion de la technologie et des usages, mais à la pure et simple disparition des entreprises qui ne l’ont pas adoptée …

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