Holomake : l’opérateur augmenté devient un acteur indispensable de l’industrie

C’est avec un grand plaisir que nous avons croisé Stéphane Weibel et son équipe de Holomake sur la dernière édition de VivaTech. C’était l’occasion parfaite de faire un point sur les évolutions de l’entreprise depuis notre précédente rencontre de 2018.

Bonjour Stéphane, c’est un plaisir de pouvoir discuter à nouveau avec toi des services de Holomake après notre rencontre de 2018. Peux-tu nous rappeler ton parcours et nous présenter Holomake.

Bonjour Gregory, merci à toi de nous proposer cet échange, c’est un plaisir partagé. 

Mon parcours, rapidement, tourne autour de l’Innovation logicielle, avec une spécialisation ces dernières années sur l’Opérateur Augmenté. Cela prend forme au travers des produits et services proposés par HoloMake, une startup de l’Industrie 4.0, co-fondée avec mon associé Sébastien. Je préfère ce terme d’Opérateur Augmenté à celui, plus général, de Réalité Augmentée, car nous sommes focalisés sur des cas d’usages très concrets des industriels, impliquant des opérateurs humains. Ces opérateurs, non remplaçables par des robots, sont sous la pression des tâches quotidiennes mal documentées dans un contexte d’augmentation inévitable de la productivité afin de conserver la compétitivité.

Quand vous ne pouvez pas automatiser à 100% un process et que vous devez quand même monter en productivité tout en conservant la qualité, vous devez aider vos collaborateurs en temps-réel avec la data, à l’image du GPS.

C’est ce que nous nous efforçons de faire chez HoloMake : apporter et montrer les données numériques aux opérateurs au bon endroit et au bon moment, et j’ajouterais : de la façon la plus simple.

Commençons par parler de l’entreprise et de son évolution. Tu nous parlais en 2018 de renforcement de l’équipe et de levée de fonds. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Oui, c’est toujours intéressant de se rappeler certains objectifs passés, pour constater que rien ne se déroule jamais comme prévu, n’est-ce-pas ? 😉 Cette levée de fonds n’a finalement pas abouti, pour différentes raisons, dont un manque de maturité sur ce marché de la Réalité Augmentée pour l’Industrie. Les problèmes rencontrés par les industriels dans ce domaine sont difficilement adressables par une seule et unique plateforme SaaS “magique” et le sur-mesure reste inévitable dans la plupart des cas. Par conséquent, le business-model associé n’a pas, à ce jour, la scalabilité attendue par les investisseurs.

De fait, nous sommes aujourd’hui une petite équipe agile et opérationnelle de 5 personnes, qui s’applique à aider les industriels à solutionner les “cailloux dans la chaussure” qui pénalisent leurs workflows impliquant des tâches manuelles. Nous proposons une plateforme SaaS dédiée, HoloMake|Studio, consolidée par une offre de conseil sur-mesure. À noter que notre équipe intègre un designer spécialisé en interactions homme-machine, qui a généralement le dernier mot, afin de faciliter l’adoption par les opérateurs, ce qui est notre objectif principal.

Quels sont les retours les plus marquants que vous avez reçus de vos clients depuis 2018, et comment ont-ils influencé le développement de vos produits ?

Au fur et à mesure de nos visites d’usines ces dernières années, nous avons pu constater une certaine incompréhension des acteurs industriels quant aux tenants et aboutissants des technologies VR, AR ou XR, à l’exception du Remote-Assist, bien compris, bien adopté, mais qui a ses contraintes et limites.

En effet, le jargon technophile n’a pas aidé à l’adoption de ces technologies sur les sites de production, car il est de peu d’intérêt pour les acteurs du terrain, responsables de production, méthodistes, opérateurs, qui rencontrent des problèmes concrets, au jour le jour, qui ne se règlent pas d’un coup de baguette “techno-magique”.

Leurs questionnements sont généralement toujours les mêmes : VR, AR, XR ? De quoi parle-t-on exactement ? En quoi cela pourrait me servir concrètement ? Vais-je vraiment devoir porter un casque ou des lunettes toute la journée ? Le domaine a subi beaucoup de promesses non-tenues, de sur-focalisation sur le matériel plutôt que sur les usages et finalement, il est encore difficile aujourd’hui pour les industriels d’entrevoir les gains réels et le ROI associé.

C’est pourquoi chez HoloMake, nous privilégions une approche un peu pédagogique et simplifiée, axée sur les usages, dans laquelle nous commençons par séparer très nettement la VR et l’AR :

  • la Réalité Virtuelle (que nous ne proposons pas du tout) qui permet de s’entraîner dans un monde virtuel 3D, quand c’est compliqué ou impossible dans le monde réel, avec comme référence le Simulateur de Vol
  • la Réalité Augmentée (qui est notre spécialité) qui permet d’être guidé par les données numériques lorsqu’on agit dans le monde réel, avec comme référence le GPS ou le Park-Assist.

Sur cette base-là, le dialogue est beaucoup plus constructif avec nos clients, ils commencent à entrevoir des applications concrètes dans leurs métiers.

Quels sont les défis actuels auxquels Holomake est confronté, et comment prévoyez-vous de les surmonter ?

Le financement reste très difficile dans ce domaine de la Réalité Augmentée pour l’Industrie, car comme dit précédemment, le marché est toujours perçu comme non mature, ce qui nous amène à proposer quasiment systématiquement du conseil sur mesure en plus de nos outils SaaS génériques. Néanmoins, notre plateforme HoloMake|Studio intègre désormais un grand nombre de fonctionnalités prêtes à l’emploi, comme de la détection automatique de pièces et de configurations techniques par IA / Machine-Learning, qui peuvent être mises en œuvre très rapidement et de façon autonome par nos clients.

De manière un peu plus large, comment vois-tu l’évolution des usages de la réalité augmentée dans l’industrie depuis 2018 ? 

Le potentiel de la Réalité Augmentée dans l’industrie est important, car pour un grand nombre de tâches industrielles, l’automatisation à 100% relève de la prospective, mais dans l’attente, il n’est plus possible de laisser les opérateurs humains se débrouiller sans leur offrir des systèmes de guidage, basés sur la donnée, qui soient au moins aussi efficaces que le GPS. 

Cependant, beaucoup de temps et d’énergie ont été perdus les dernières années dans des considérations purement technologiques et/ou marketing, qu’il s’agisse de hardware ou de software, des considérations qui n’intéressent pas vraiment les acteurs-utilisateurs industriels, n’en déplaise aux ingénieurs (dont je fais partie). 

Il est sans doute temps de se recentrer sur les usages concrets, quitte à revenir sur des approches moins technologiques, mais tout aussi efficaces, comme les QR-codes par exemple en input ou des lignes laser en output, des outils que nous utilisons beaucoup. Simplicité et efficacité !

Pour aller dans la prospective, quelles sont les prochaines évolutions du secteur pour toi ? 

Les problèmes de recrutement deviennent critiques dans le secteur industriel : il est très compliqué de recruter et de former rapidement des gens motivés et investis. Équiper ses postes de travail de solutions de guidage efficaces permet d’accélérer la formation tout en accompagnant la production. 

Imaginerait-on un chauffeur-livreur sans GPS dans son camion ? Cela reviendrait à embaucher uniquement des personnes qui ont le sens de l’orientation ! 

Blague à part, nous nous attendons dans les prochaines années à des efforts importants de la part des industriels sur la digitalisation de leurs postes de travail, avec en particulier cette dimension guidage qui va leur permettre d’embaucher et de former plus vite des collaborateurs-opérateurs plus motivés.

Revenons à l’entreprise, quels sont les prochains grands projets ou innovations que Holomake prévoit de lancer dans un avenir proche ?

Nous travaillons actuellement sur des nouveaux modules logiciels qui vont permettre d’exploiter l’Intelligence Artificielle directement dans nos applications de Réalité Augmentée. Cette hybridation entre IA et AR devrait s’imposer assez vite, car la Réalité Augmentée apparaît assez naturellement comme une interface privilégiée des algorithmes d’IA.

Merci Stéphane. Pour en savoir plus sur les solutions apportées par Holomake, rendez-vous sur le site web de l’entreprise.

Consultant réalité augmentée à GMC | Site Web

Grégory MAUBON est consultant indépendant en réalité augmentée (animateur et conférencier) depuis 2008, où il a créé www.augmented-reality.fr et fondé en 2010 RA'pro (l'association francophone de promotion de la réalité augmentée). Il a aidé de nombreuses entreprises (dans plusieurs domaines) à définir précisément leurs besoins en réalité augmentée et les a accompagnées dans la mise en œuvre.

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